LES DIMANCHES
Véracité d’un « appel » contre puissance du deuil
Synopsis du film
Bilbao. Ainara, 17 ans est récupérée par sa tante Maite à la sortie de l’internat religieux, puis déposée auprès de sa grand mère, qui garde aussi ses deux sœurs. Le lendemain aura lieu la communion de la cadette, mais tout ce que veut obtenir Ainara, c’est la permission de son père Ińaki, de participer à une retraite de deux semaines dans un couvent…
Critique du film LES DIMANCHES
Coquille d’or du meilleur film au Festival de San Sebastian 2025, "Les Dimanches" est une œuvre feutrée, intimiste, et pourtant d’une violence sous-jacente inouïe. Abordant un sujet plus que délicat, autour du personnage d’une adolescente (Ainara, 17 ans), la foi, le long métrage explore sa possibilité dans le monde d’aujourd’hui, la manière dont elle peut-être perçue de l’extérieur, voire même les intérêts qu’elle peut finalement servir ou contrarier. Car Ainara a perdu sa mère. Et son père, Iñaki, croyant mais surtout pragmatique propriétaire d’un restaurant, a d’autres préoccupations que ses filles. Quant à sa tante, Maite, athée, elle tente surtout de comprendre le mal être de la jeune fille. Basé sur un scénario d’une rare finesse, le film, sans questionner frontalement la véracité de l’ « appel » de Dieu, que cherche à éclaircir Ainara elle-même, va se transformer en véritable bataille d’influences, autour de la possible entrée dans les ordres de celle-ci. Une bataille qui ne laissera personne indemne dans son entourage.
Car chaque personnage, finement développé, a ici un intérêt dans le « choix » fait par Ainara. Le père aurait une préoccupation de moins et une bouche de moins à nourrir, ainsi qu’un motif de respectabilité de plus. La mère supérieure Isabel aurait une ouaille de plus, asseyant un peu plus son pouvoir. La tante, elle, si elle parvient à l’empêcher, aurait sauvé sa nièce de l’emprise néfaste des curés, permettant au passage son émancipation d’un milieu catholique qu'elle juge toxique et hypocrite. Chacun va ainsi jouer ses cartes, alternant négociations pleines de faux semblants et affrontements à peine voilés.
Quant à la mise en scène signée Alauda Ruíz de Azúa (l’encore inédit "Lullaby" et la série "Querer"), elle soufflera en permanence le chaud et le froid, représentant certains agissements comme limite sectaires, faisant douter jusqu’au bout de la nature de ce que cherche Ainara : une communion ou juste un réconfort. Enfonçant le clou par son dénouement et l’attitude finale de chacun des adultes, "Les Dimanches" est en tous cas un brillant plaidoyer sur la nécessité de prêter attention au mal-être des adolescents, porté notamment par la bouleversante Patricia Lopez Arnaiz ("20 000 Espèces d’Abeilles", "Lettre à Franco"). Que l’on soit croyant ou non, on ressort indéniablement de la séance profondément bousculé, le personnage principal semblant au final aussi victime de ses propres souffrances, que des projections de chacun des personnages secondaires sur sa virginité d’adolescente, qu’il s’agisse de la sœur, de ses camarades, et surtout des membres de sa famille.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

