LEGEND OF THE HAPPY WORKER
Humour et philosophie
Synopsis du film
Au sein de Monument Valley, un indien sur son cheval observe un homme arrivant en voiture. Celui-ci sort une mallette avec écrit dessus « Maintenant, Quoi ? » et contenant une pelle en or. Il plante alors la pelle, déclenchant le déploiement d’un arc en ciel depuis ce premier trou qu’il vient de commencer. L’indien s’approche et lui demande : « Pourquoi ? ». 105 ans plus tard, au même endroit, le petit fils de cet homme possède une immense mine où travaillent des dizaines de creuseurs, visiblement satisfaits de leur situation…
Critique du film LEGEND OF THE HAPPY WORKER
Produit par feu David Lynch, "Legend of The Happy Worker" était présenté début août au Festival de Locarno. Comédie dramatique assumant son humour décalé, le long métrage, réalisé par Duwayne Dunham (réalisateur jusque-là de téléfilms et monteur sur "Le Retour du Jedi" ou la série "Mystères à Twin Peaks"), va mettre face à face deux visions du travail, qui n’ont jamais cessé de s’affronter aux États-Unis et ailleurs : celle du patron paternaliste et celle de l’adepte du productivisme, visant le revenu maximal, peu importe l’ouvrier (il peut disparaître au profit de la machine) ou son bien être (il peut être soumis à des cadences infernales). Doublé d’un intelligent jeu sur la dimension religieuse d'une forme de conquête de l’ouest, le scénario mêle avec second degré le caractère naïf des ouvriers, comparés ouvertement aux 7 Nains de Blanch Neige (leur "Eh Oh" résonne d’ailleurs chaque matin sur le chemin de la mine), la figure messaique du patron (Thomas Haden Church, impassible et d’un parfait aplomb), et la personne de l’étranger débarquant avec sa voiture et ses nouvelles idées (Colm Meaney, très convaincant dans sa roublarde ambiguïté).
Doté d’une très belle direction artistique, avec ses paysages à la terre ocre, à vif, et ses grands baraquements rouges, et le côtyé globalement utoique du village, le film en impose d’abord visuellement. D’autant que le décor recèle de multiples détails rendant les lieux irréels, tels que la traversée de tortues en file indienne de la première scène, le fait que chaque ouvrier se déplace en side-car, le déplacement sans préavis d’une maison vers Easy Street, la représentation dentée de la pelleteuse, ou la collection de pelles sur le mur du patron tels des trophées. Se permettant de jouer discrètement avec les mots, injectant une petite dose de fantastique, ce conte cruel qui tourne autour de la promotion d’un des ouvriers (Josh Whitehouse), questionne l’absurdité de certaines tâches autant que le bonheur au travail. Si vous aimez les univers décalés, permettant de traiter de sujets de fond avec un certain humour, alors foncez !
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur
