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LEAVE NO TRACE

Un film de Debra Granik

L’appel de la forêt

Tom, 15 ans, et son père Will vivent dans une forêt aux alentours de Portland. Leur campement habilement camouflé et la maîtrise totale des éléments qui les entourent montrent que le père et sa fille vivent depuis longtemps loin du monde au milieu des fougères. Mais un jour, Tom se fait surprendre par un jogger qui la signale aux rangers. Très vite, ceux-ci les interpellent pour les reloger dans une structure adaptée…

7 ans après "Winter’s bone", Debra Granik est de retour à la fiction avec une nouvelle histoire qui sent bon l’humus des sous-bois. Loin des forêts glacées du Missouri, la réalisatrice pose à présent sa caméra dans les zones tempérées et humides de l’Oregon. Adapté du roman « My Abandonment » de Peter Rock, "Leave no trace" s’inspire d’une histoire vraie, celle d’un père et de sa fille qui ont vécu 4 ans incognito dans une réserve naturelle proche de Portland.

Similaire sur certains points à "Captain fantastic", le film pose une nouvelle fois la question : pourquoi les personnes qui veulent vivre en totale autarcie dans la nature sont-elles souvent considérées comme marginales, voire illégales ? Dans le cas de Tom et de son père, on pourrait penser que c'est parce qu'ils ont élu domicile dans une réserve naturelle, certes c'est interdit mais leur empreinte carbone est nettement inférieure à celle d'un promeneur. On peut aussi reprocher au père d'avoir déscolarisé sa fille, or cette dernière a un QI plus élevé que la moyenne. En fait, le seul véritable manque à déplorer est l'absence totale de liens sociaux.

Visiblement traumatisé par la guerre, le père ne supporte plus la compagnie des hommes et impose cette solitude à sa fille. Quand celle-ci découvre l'amitié avec Isaiah et plus tard la bienveillance de Dale (la gérante du camping), elle se rend compte qu'elle ne peut plus vivre à présent isolée du monde qui l'entoure. La découverte de l'autre et les interactions que cela engendre se révèlent alors être le thème principal du film de Debra Granik.

Malheureusement, chaque protagoniste manque cruellement d'épaisseur. Pour gagner du temps dans son discours, chaque personne que rencontre Tom et son père est gentil et accueillant. Aucune aspérité ne vient accrocher leur profil pour donner de la profondeur au récit. Le scénario reste ainsi factuel et oublie l'essence même du film : la psychologie de ses personnages. Dommage car un tel récit pouvait engendrer une multitude de questionnements et d'expériences. On restera donc sur sa faim, intéressé uniquement par le côté insolite de cette histoire : celui où on apprend à survivre au milieu des fougères sans aucune aide extérieure et surtout sans laisser de traces.

Gaelle BoucheEnvoyer un message au rédacteur

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