LE VIOL
Est-il toujours possible de se défendre ?
Synopsis du film
Un matin, dans les environs enneigés d’une ville norvégienne, une femme est violée par un inconnu. Peu après, une autre femme échappe à une tentative de viol dans des circonstances similaires. Des soupçons mènent à l’arrestation d’un jeune ouvrier…
Critique du film LE VIOL
Après la trilogie "Wives", Malavida distribue d’autres films inédits de la cinéaste norvégienne Anja Breien. Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 1971 et projeté lors du Festival Lumière 2025, "Le Viol" (sous-titré "Le Cas Anders") bénéficie donc enfin d’une sortie dans les salles françaises, plus de 50 ans après sa réalisation !
Avec un tel titre, et vu la filmographie de Breien, on s’attend à un film hautement féministe, d’autant plus que la première séquence nous plonge directement dans le vécu d’une victime de viol. Pourtant, dans son premier long métrage, ce n’est pas ce sur quoi se focalise la réalisatrice, même si certains aspects interrogent les motivations des violeurs ou la manière dont les victimes sont prises en compte.
Breien fait plutôt le procès d’un système judicaire norvégien défectueux qui peut condamner un innocent de façon bâclée et qui semble plus préoccupée par la morale que par le traumatisme des femmes violées ou le sens de la réparation. Elle s’intéresse ainsi à un homme qui apparaît comme le coupable idéal – une présence dans les parages, des ressemblances, la trace d’un acte violent dans son passé, des alibis insuffisants – et qui n’a guère les moyens de se défendre. Breien s’attache donc à montrer comme la justice, sûre d’elle-même et incapable de faire son autocritique, peut broyer un individu.
Au-delà du propos, "Le Viol" vaut aussi pour sa mise en scène qui propose un récit non linéaire utilisant à la fois les codes du documentaire (aux allures parfois cliniques pour insister sur la froideur judiciaire et carcérale) et une fiction centrée sur l’introspection et le désespoir du personnage principal.
Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur


