LE TESTAMENT D'ANN LEE
L’ombre de Brady Corbet
Synopsis du film
Née le 29 février 1736, Ann, qui a pour frère William, fut rapidement préoccupée par les choses de Dieu et développera progressivement une haine de la chair. Subissant la promiscuitée avec ses parents, mais aussi leurs violences, elle va intégrer un hôpital, où elle deviendra cuisinière. C’est au cours de confessions en groupe qu’elle commença à développer ce qui deviendra un culte, basé sur la danse et le mouvement : les shaker Quakers…
Critique du film LE TESTAMENT D'ANN LEE
"Le Testament d'Ann Lee", passé par la compétition de Venise et récemment à nouveau présenté côté Berlin, avait de quoi être un objet intrigant. Car il offre à Amanda Seyfried un rôle redoutablement physique, dans lequel elle impressionne : celui de la fondatrice du mouvement cultuel les shaker quakers (une branche où les membres se convulsent, ou se « secouent », comme le suggère leur dénomination, dans des danses proches de la transe, censées rapprocher de Dieu). Mais aussi, car au scénario, avec la réalisatrice Mona Fastvold (le déjà très sombre "The World To Come"), Brady Corbet se trouve en embuscade, allant ici jusqu'à vraisemblablement influencer la mise en scène... notamment dans ses excès tapageurs.
Car "Le Testament d'Ann Lee" est avant tout un film musical, s'ouvrant d'ailleurs sur une chorégraphie de femmes en forêt, qui a le mérite d'initialement éveiller la curiosité. Malheureusement, à trop vouloir, comme dans son film précédent, mais de manière beaucoup moins subtile, dénoncer la condition de la femme, entre violence des hommes et soumission à leurs pulsions synonymes d'enfantement, la réalisatrice se fourvoie, démultipliant les scènes dansées jusqu'à saturer espace et écran. Mettant scénaristiquement tout sur le dos d'un enfant mort-né, le film suit ensuite les persécutions, l'exil aux États-Unis, et la recherche d'une implantation pour Ann Lee, mariée, 4 enfants, prônant désormais l'abstinence.
Si la photographie comme la reconstitution historique (décors, costumes…) sont irréprochables, c'est bien dans la mise en scène que les défauts apparaissent, prenant littéralement en otage un spectateur contraint de subir chaque transe. Certes, l'intention est de « secouer » aussi le spectateur, notamment lors de la scène de l'accouchement, entre plan sur Ann défigurée par la souffrance, mains serrées sur la tête de lit, et surgissement de l'enfant d'entre les jambes. La patte de Corbet ("The Brutalist", "L'Enfance d'un chef") est là bien visible, entre quelques chants, dans le caractère physique des chorégraphies, et la manière dont nous sommes, spectateurs, jetés dedans malgré nous. Malgré l'implication de l'actrice, malgré les souffrances du personnage (torturé, battu...), jamais l'empathie ne fonctionne réellement, la faute à cette option, risquée, de transformer le film en épreuve, sonore et visuelle, à l'image des souffrances traversées. Echouant à questionner le culte comme échappatoire à une destinée (contrairement aux choix des deux personnages féminins dans "The World To Come"), Mona Fastvold semble ici juste transformer celui-ci en une conviction acceptable et même joyeuse, menant pourtant dans son sillage hors du monde.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteurBANDE ANNONCE
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