LE STUDIO PHOTO DE NANKIN
Une fresque monumentale remarquable, qui donne cependant à réfléchir sur la propagande par l’image
Synopsis du film
Le 13 novembre 1937, l’armée japonaise entrait dans Nankin, ancienne capitale chinoise. Le siège de la ville allait signifier nombre d’exactions, que l’ennemi n’allait bien entendu pas laisser transparaître au grand jour. Parmi les soldats japonais, Ito, photographe, est chargé de documenter cette victoire et cherche à faire développer ses photos sur place. Il tombe alors sur Su Liuchang (Achang), un postier essayant de fuir, qui se fait passer pour l’apprenti d’un studio photos. En l’échange du développement des négatifs, Ito va apporter de la nourriture à Achang et sa supposée femme, qui est en réalité la maîtresse du traducteur d’Ito, qui ayant compris le stratagème, l’a placée ici. Heureusement, au sous-sol du studio photos se terrent le patron, sa femme, leur fille et leur bébé, permettant à Achang d’acquérir très vite la technique de développement. Mais les voilà tous les 6, à devoir rester enfermés dans le studio et à dépendre de la bonne volonté d’Ito et de ses photos…
Critique du film LE STUDIO PHOTO DE NANKIN
Succès monstre en Chine, "Le Studio Photo de Nankin" est une grande fresque historique, dont la qualité de la reconstitution, de la mise en scène, comme de l'interprétation, méritent indéniablement le détour par les salles de cinéma, pour s'immerger dans l'occupation japonaise et le siège d'une ville qui fut autrefois la capitale chinoise. Décors, costumes, comme photographie se mettent donc au service de la description d'une époque sombre, ici noyée dans des coloris ternes, au milieu des ruines de bombardements et de ce qui reste de la ville. Dès l'introduction, l'action est au rendez-vous, avant que le piège ne se referme sur un jeune facteur à vélo, tentant de fuir comme les autres avant l'entrée en ville des troupes japonaises, mais détourné par miracle du véhicule qui aurait dû l'emmener au port. Parvenant à se faufiler entre les tirs, celui-ci va trouver refuge dans un studio photo et se faire passer pour un employé des lieux afin de survivre.
De survie il sera en réalité question pour l’ensemble des personnages principaux : Achang, qui va devoir apprendre un métier en urgence, le patron du studio (et sa famille) réfugiés au sous-sol, Guanghai, le traducteur s'arrangeant avec la notion de collaboration, Yifang, son amante chanteuse qui refuse de se vendre à l'ennemi, et même d'une certaine manière Ito, le photographe japonais, dont l'activité au sein de l'armée n'assure pas son honneur. Doté d'un solide scénario basé sur le devenir de certaines photos, témoignant des atrocités commises par l'armée japonaise (exécutions sommaires, tortures, viols...), "Le Studio Photo de Nankin" allie témoignage historique et suspense, en clouant de manière récurrente le spectateur à son siège, par des scènes d'une violence plutôt crue. Prenant le temps d'approfondir les trajectoires de presque chacun des personnages, le scénario nous plonge dans l'enfer d'un siège avec eux, nous faisant trembler pour chacun et amenant progressivement l'émotion avec l'espoir d'une échappée, au moins pour certains d'entre eux.
Assez troublant également dans ses aspects patriotiques ou dénonciateurs, par moments appuyés, même s’il dénonce des exactions documentées à partir des photos qui sont parvenues jusqu'aux médias étrangers ou celles retrouvées par la suite, le film renvoie en miroir la question qu'il scrute au travers de cette histoire : la propagande par l'image. Ciblant clairement ici les Japonais, au travers de cet événement, on ne peut s'empêcher de s'interroger sur la manière dont le métrage participe à la création de l'image respectueuse du régime chinois, et de se demander si un jour des peuples persécutés comme les Ouïgours, auront droit aussi à un témoignage équivalent sur grand écran. Ces considérations politiques mises à part, "Le Studio Photo de Nankin" reste indéniablement un grand film historique, du même acabit que "Le Pianiste" ou "Black Book", à découvrir du coup, sur l’écran le plus large possible.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur


