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LE SOUPIR DES VAGUES

Un film de Kôji Fukada

La vague des soupirs

Sachiko se rend sur l’île indonésienne de Sumatra afin d’y rejoindre sa famille japonaise et de retrouver ses racines. Sur cette île toujours meurtrie par le passage du tsunami dix ans plus tôt, un Japonais mystérieux fait soudain son apparition sur la plage, visiblement rejeté par les vagues. Son amnésie et ses pouvoirs magiques vont peu à peu semer le trouble…

Le soupir des vagues film movie

Réalisme ou fantastique ? C’est à vrai dire la seule et unique question que l’on se pose tout au long du "Soupir des vagues". La réponse est sans doute un peu entre les deux, dans cette conceptualisation d’une sorte de réalisme magique qui limite le plus possible le surgissement fictionnel du fantastique pour privilégier au contraire sa captation par le biais d’outils propres au documentaire (flash télévisé, caméra numérique amateur, etc…). Ce parti pris devrait suffire à acter la singularité du nouveau film de Kôji Fukada (dont la sortie fut sans cesse repoussée pour cause de pandémie), mais on ne peut pas s’empêcher de n’y voir qu’un détail au sein d’un ensemble trop disparate pour tenir un thème et/ou un propos.

Dans ce film avant tout polyglotte (on y cause japonais, indonésien et anglais) et poly-spirituel (l’animisme nippon se confronte à l’Islam indonésien), de quoi est-il question, au fond ? D’un messie surgi des eaux pour conjurer la tragédie des tsunamis ayant frappé les deux archipels (Fukushima en 2011 et l’Asie du Sud-Est en 2004) ? D’une confrontation frontale d’une population insulaire avec les stigmates d’une catastrophe, à l’image de cette épave rouillée que les deux héros observent à distance lors d’une balade ? D’une simple bluette atmosphérique sur fond d’un effondrement de la barrière de la langue ? A toutes ces hypothèses, on répond toujours la même chose : « peut-être ».

De ce film où plein de tonalités différentes se mélangent pour finalement s’annuler entre elles, il n’y a au fond pas grand-chose de stimulant à extraire. Un jeu sur la langue, donc, qui permet parfois d’en dire un minimum sur les sentiments (concrets ou cachés) qui animent les personnages. Quelques jolies perspectives ici et là qui isolent l’héroïne dans des cadres tantôt fermés tantôt dénués de profondeur de champ, sans doute pour refléter sa position dans un pays qu’elle ne connaît pas. Les paysages, enfin, qui évitent le piège du dépliant touristique pour exhaler au contraire des ambiances et des sensations.

Mais c’est le rythme atone de la narration, couplé à une démarche thématique floue, qui porte un coup fatal au film de Fukada, nous condamnant de ce fait à tomber dans les bras de Morphée – hormis le temps d’une scène finale assez étonnante. Peut-être qu’avec Naomi Kawase aux commandes, ce curieux récit plus ou moins animiste aurait pu creuser une veine plus stimulante et honorer les promesses de sa magnifique affiche.

Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur

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