LE ROI SOLEIL
Malheureusement, vous n’en aurez pas pour votre argent
Synopsis du film
Quand un vieil habitué du bar-PMU « Le Roi Soleil » trouve les 5 bons numéros du loto, le destin des six autres pourrait changer, pour le meilleur… ou pour le pire…
Critique du film LE ROI SOLEIL
Quand un vieux gagne au loto mais perd la vie dans la foulée, les témoins de la scène présents dans le bar-PMU se demandent s’ils ne devraient pas garder le ticket gagnant et raconter une autre version de la réalité. À condition que tous jouent le jeu et s’entendent sur le scénario… Vincent Maël Cardona et Olivier Demangel se font plaisir avec une histoire tordue, roublarde et tragique qui embarque les protagonistes dans un huis-clos répétitif à la "Un jour sans fin" dans un registre nettement plus violent. Et ne le cachons pas, on prend plaisir à revivre l’histoire qui se rejoue sous nos yeux avec ses déclinaisons de plus en plus sanglantes !
Le problème est que le moteur du film n’est rien de moins que la cupidité, sujet maintes fois traité au cinéma et certainement mieux ailleurs. Comment ne pas avoir cette sensation de redite (qui sera une sensation vraiment tenace au fil du film) et de manque cruel d’originalité ? Un ticket de loto, une arnaque, une histoire qui dérape et des morts à la pelle… Heureusement que le casting brille dans le film. Pio Marmaï, Sofiane Zermani, Maria de Medeiros et Panayotis Pascot sont des comédiens solides auxquels s’ajoutent de nouvelles têtes chevronnées comme Lucie Zhang ou Némo Schiffman.
Le souci est la déception produite par le rôle de Panayotis Pascot qui méritait tout simplement un personnage mieux écrit et plus étoffé qu’un gars au téléphone, qui se prend une balle dans la jambe et qu’on voit au total 20 minutes… Par contre, là où "Le Roi Soleil" envoie du lourd c’est dans la lecture méta du film qui donne aux personnages un rôle-clé de scénaristes, de conteurs d’histoire, qui prend littéralement vie dans le film qu’on est en train de voir, ces derniers se trouvant même à un moment sur le plateau de tournage du long métrage ! C’est assez inattendu et déroutant pour nous interpeller, bien que cela puisse nous sortir un peu du film : la mécanique étant assez anecdotique et aurait méritée d’être davantage exploitée.
Autre bonne idée, mais qui ne fonctionne pas vraiment : l’ouverture au château de Versailles. Si celle-ci plante assez bien le décor du sujet (la richesse) et établit le contraste avec la suite de l'histoire (le bar-PMU chez les pauvres), on reste un peu déboussolé et interloqué par la partie contemporaine. Quant au prologue avec Casanova instigateur de la première loterie nationale (monté à la toute fin du film dans sa version présentée à Cannes), si celui-ci est cohérent, il ne colle malheureusement pas avec le titre du film. Cette histoire vraie s'est en effet déroulée sous Louis XV et non sous Louis XIV, le Roi Soleil !
Un détail certes, mais qui s’ajoute à tant d’autres : des personnages inégaux ; une photo parfois dégueulasse. Cette satire n’arrive jamais à nous convaincre totalement et son message sur l’argent qui rend fou, fait tourner puis tomber des têtes, sonne creux et désuet. Une vraie déception pour le réalisateur du magnifique "Les Magnétiques", son précédent et premier long-métrage sorti en 2021. On vous conseillera donc plutôt d’aller vous délecter devant des comédies, certes dans des registres différents mais autrement plus grisantes sur le sujet de l’argent, comme le classique "La Folie des Grandeurs" ou le plus récent "Heureux Gagnants".
Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur



