LE RIRE ET LE COUTEAU

Un film de Pedro Pinho

Satire d’un néo colonialisme bienveillant

Synopsis du film

Sergio, ingénieur civil, est chargé de préparer la création d’une nouvelle route dans la campagne de l’Afrique de l’ouest. Il doit prendre garde de ne pas bouleverser la vie de la population locale, de la population animale, ni de gêner le tracer du fleuve qui coule non loin. Un travail d’équilibriste qui s’annonce d’autant plus compliqué que le prédécesseur de Sergio a disparu dans des conditions mystérieuses…

Critique du film LE RIRE ET LE COUTEAU

Le second long-métrage en solo de Pedro Pinho ("L'Usine de rien") porte un regard original sur le néo colonialisme, une pratique dénoncée à l’unanimité mais que personne ne saurait définir clairement tant elle est insidieuse. L’image caricaturale nous montrerait des hommes politiques véreux ou des magnats des affaires avides de profit tirer les ficelles de gouvernements africains fantoches. Mais ce n’est pas la direction choisie par Pedro Pinho, qui préfère braquer sa caméra sur Sergio, ingénieur civil travaillant pour une ONG et habité des meilleures intentions du monde. L’organisation pour laquelle il travaille ambitionne de tracer une route afin de développer économiquement le territoire, mais en faisant ceci de manière responsable. Ainsi, les enjeux environnementaux tout comme le souci de respecter la population locale sont au cœur des préoccupations de Sergio et de ses supérieurs. Mais ce faisant, ils se substituent aux autorités locales qui n’ont plus qu’un pouvoir représentatif. Les décisions sont certes concertées mais appartiennent in fine aux hommes blancs européens. Les africains sont-ils donc incapables de prendre des décisions pour eux-mêmes ? Cette interrogation renvoie au discours d’infantilisation de la population africaine qui était déjà au cœur de la propagande coloniale il y a deux cents ans.

"Le Rire et le couteau" est une satire mordante et rafraîchissante de l’ethnocentrisme européen, dont la durée rare de trois heures et demi est justifiée par l’ambition de proposer une immersion dans la psyché des africains, des Guinéens pour être plus précis. Le point de vue adopté est celui de Sergio, ingénieur portugais nouvellement arrivé dans ce qui fut jadis une colonie de son pays. Mais le parcours du protagoniste va le conduire à fréquenter Diara, une jeune guinéenne, ainsi que son groupe d’amis qui navigue dans les milieux interlopes. Ceux-ci accueillent volontiers le petit blanc, tout en ayant un discours acerbe vis-à-vis de ces néo-colons européens bien-pensants (les pires de tous) et ne s’en cachant pas devant Sergio. Ces relations qui se nouent paraissent donc artificielles, un simple moyen pour le metteur en scène de confronter l’Européen au point de vue africain. De même la rencontre entre Sergio et Diara semble rocambolesque et surfaite. Un film qui en quelque sorte sacrifie la crédibilité de son histoire pour servir son propos, certes très pertinent et bienvenu. Avant de se lancer dans la fiction, Pedro Pinho a fait ses armes dans le documentaire, ce qui peut expliquer cette approche du scénario. Au final "Le Rire et le couteau" est un film militant qui trouvera très certainement son public malgré sa longueur et ses défauts formels.

Benjamin BidoletEnvoyer un message au rédacteur

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