LE RÉVEIL DE LA MOMIE
Nom d’un papyrus ! Ce réveil risque d’en retourner plus d’un !
Synopsis du film
Une famille d’expatriés est installée au Caire et voit son destin basculer le jour où leur fille aînée, Katie, se fait kidnapper. Huit ans passent et malgré le temps, la blessure de cet événement est toujours palpable parmi les membres de cette famille qui réapprend à vivre petit à petit. Mais un jour, une nouvelle tombe : Katie a été retrouvée, en état de choc, mais vivante. Une lueur d’espoir naît de nouveau et alors que ses parents tentent d’accepter la nouvelle situation, Katie semble être bien plus qu’en état catatonique…
Critique du film LE RÉVEIL DE LA MOMIE
Après l’échec du Dark Univers du studio Universal, initié avec le sobrement intitulé "The Mummy" en 2017, avec Tom Cruise, une de ses icônes favorites embaumée jusqu’à la cime des cheveux ne rapporte plus assez depuis un moment ("Le Retour de la Momie" de Stephen Sommers c’était en 2001 quand même). C’est donc à un réalisateur émergent auréolé du succès commercial d’un chapitre d’une saga horrifique plus que culte "Evil Dead", intitulé "Evil Dead Rise" (2023) - avec lequel Lee Cronin s’est imposé « réellement » à Hollywood -, que se voit confier une nouvelle mouture du mythe par cette fois-ci Warner Bros. Et alors que le film se fait descendre un peu partout, nous y sommes allés un peu dubitatifs, en espérant en avoir pour notre argent avec l’interdiction aux moins de 16 ans avec avertissement.
Et le film démarre plutôt bien, en tentant une nouvelle approche autour d’un mythe qui a eu finalement très peu d’itérations au cinéma. La momie faisait peur en 1930, mais elle est restée quelque part coincée entre son décor obligé, son antagoniste mutique et lent, et son incapacité à évoluer avec le temps contrairement à ses camarades, comme Dracula qui a eu le droit a plusieurs itérations (certaines plus réussies que d’autres c’est sûr). Le monstre de la momie se voit contraint de n’être qu’un found footage de plus (le désastre "Pyramide" de Grégory Levasseur) ou un blockbuster pop corn un peu con ("The Mummy" de Simon Kinberg 2017). Ici rien de tout ça, le mythe se voit introduit de manière plus intimiste et c’est la bonne idée de cette nouvelle mouture : tenter d’imbriquer l’essence du film d’horreur de maison hantée et d’autres joyeusetés tournant autour de la possession et de l’exotisme du mythe égyptien entourant le concept de momie.
Nous suivons alors une famille en proie au désespoir lorsque leur fille aînée, Katie, disparaît, enlevée par des individus avec un dessein bien noir pour la petite. Une ellipse importante de 8 ans nous amène à un moment où la famille a réussi à trouver un équilibre, avec ce deuil impossible, lorsque Katie réapparaît. Mais évidemment, elle n’est plus la douce et gentille fille à papa qu’elle était. L’intrigue commence au Caire, avec une séquence de disparition au milieu d’une tempête de sable en plein centre-ville, plutôt efficace, pour s’installer ensuite au Nouveau Mexique à Albuquerque. Beaucoup de critiques ont pointé du doigt cette délocalisation. Pour l’auteur de ces lignes, elle permet de replanter le récit dans quelque chose, certes de classique (digne des productions Blumhouse dont il est le dernier rejeton) parsemée de boursouflures ici et là (une écriture des personnages un peu trop en surface au vu du sujet et une durée un poil trop longue pour son propre bien), mais donnant un aspect réellement sensible à l’ensemble de l’œuvre.
Une intrigue parallèle en Egypte se construit petit à petit, et même si elle permet de renouveler un peu les décors, elle entache le rythme du métrage, malgré la respiration bienvenue occasionnée par ces séquences. Nous sommes, sinon, coincés dans cette maison où tout semble partir en lambeaux, que ce soit la structure même de la bâtisse, ou les membres de cette famille. Le film a le mérite de prendre son temps pour installer ses séquences et ses enjeux, malgré la pauvreté de ces derniers, qui culminent dans le final vers quelque chose d’intéressant. Mais là où le bât blesse, c’est au niveau du trouillomètre. Le cinéaste a la main lourde sur les effets de jump-scare faciles, au point d’en gâcher certaines idées de mise en scène. Le film se sabote alors sur sa capacité à réellement faire peur, la faute à un aspect forain hérité du producteur Jason Blum derrière tout ça, mais aussi par une narration qui ne va pas complètement dans les tabous de son sujet (au hasard, l’infanticide).
Bien que le métrage soit particulièrement graphique et violent envers ses protagonistes (surtout Katie, la momie du film), il n'embrasse pas totalement la noirceur de son récit et reste un peu trop en surface pour transformer l’essai, contrairement à Leigh Whannell et son "Invisible Man" où fond et forme se répondaient à la perfection et où chaque détail de conception du film avait un sens. Ici, on se retrouve face à un produit façonné par un cinéaste qui, en trois films déjà, avait peut-être utilisé toutes ses cartouches. On espère avoir tort à l’avenir et même si le moment n’était pas désagréable, il reste une sensation de quelque chose qui manque, et c’est peut être le même souci qu’avec son "Evil Dead Rise" : la substance manque, au-delà de la vanne graphique. La Momie retrouve malgré tout des hiéroglyphes de noblesses bien cradingues grâce à ce nouvel opus, chose qui lui avait été interdite jusqu’à présent. Aujourd’hui, la momie se présente à nous pour ce qu’elle est : un vrai boogeyman de film d’horreur. Il ne manque plus que le film d’horreur lui-même soit moins « ranplanplan » la prochaine fois.
Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur



