LE PAYS D'ARTO
Un pays aux multiples cicatrices
Synopsis du film
Juin 2021. Céline Saryan arrive en Arménie par le train, qui tombe en panne à quelques encablures de la gare. Ici, elle est venue chercher un certificat de naissance de son mari, Arto, récemment décédé. À la mairie, une femme qui parle un peu le français, accepte de l’aider. En faisant des recherches, elle découvre qu’Arto portait en réalité un autre nom de famille, Santrosian. Ne comprenant pas, Céline décide de rester et de retrouver des gens qui le connaissaient…
Critique du film LE PAYS D'ARTO
"Le Pays d’Arto" est un long métrage de fiction à la fois intimiste et universel, prenant pour point de départ la découverte par une femme française, de la véritable identité de son mari, originaire d’Arménie, afin de mieux parler de ce pays meurtri par les séquelles d’un tremblement de terre meurtrier et par des années de conflit avec le pays voisin : l’Azerbaïdjan. D’emblée, dès le plan sur une pièce emplie de tas de documents, on comprend que la tâche de Céline sera plus difficile que prévu, l’amenant à s’intéresser à ce pays, dont son compagnon lui cachait finalement les blessures, au-delà des siennes. Nous immergeant dans des lieux en ruine, où la mémoire du passé est encore vive, Tamara Stepanyan rend aussi hommage à la beauté de son pays, adoptant de nombreux plans larges une fois le film virant au road movie, nous amenant avec son héroïne vers une enclave du Haut-KarabaghL.
Camille Cottin porte le film de bout en bout, entre persévérance et absence de conscience du danger. Elle arbore toute la dignité de son personnage pour faire face à la réalité du passé son défunt mari et aux personnes qui ont pu le connaître, dont la femme interprétée avec justesse par Zar Amir Ebrahimi. Étrangement, le scénario, globalement sombre en contraste avec les paysages traversés, prend ponctuellement la voie de quelques facilités, avec quelques dialogues maladroits et trop explicites, avec la manière dont un voyage jugé trop dangereux, s’organise soudainement, ou lors de la scène de passage d’un Check-Point. Mais le film fait aussi preuve d’une belle poésie, autour des élans de tristesse, comme lorsque des chuchotements se font entendre dans les ruines d’une église, ou lorsque Céline semble parler à Arto. "Le Pays d’Arto", rattrapé par la rude actualité de l’invasion du Karabagh en 2025 s’avère être un drame poignant, nous entraînant dans le sillage d’une femme aussi curieuse que respectueuse d’un pays dont elle découvre les multiples visages, derrière celui, fantomatique, de son mari et de sa fausse identité.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur
