LE PASSAGE
Un énième film sur les migrants, en manque d’âme
Synopsis du film
Avril 2023, Amira, désormais médecin à Chicago, se souvient du bombardement qui a coûté la vie aux membres de sa famille, l’obligeant à fuir avec sa fille, et à passer la frontière…
Critique du film LE PASSAGE
C’était un des films hors compétition du Festival de Berlin 2024 les plus attendus, car traitant d’un sujet brûlant, celui des migrants, et avec pour tête d’affiche Omar Sy, devenu star internationale. Ce fut une des plus grandes déceptions de cette édition, étrangement récompensée par la suite du Prix du public au Festival de Deauville la même année. "Le Passage", film sur les migrants syriens arrivant au milieu d’une flopée d’autres films traitant du même sujet, a le mérite de sa structure, qui ménage un certain suspense. Le film est en effet divisé en quatre parties, correspondant chacun à un personnage : la docteur, le soldat, le passeur et le poète. Doté d’un prologue montrant à la fois la docteur déjà installée à Chicago (une scène pas forcément utile) et un intense bombardement à Alep (caméra nerveuse, éclairage à la torche), il sera aussi marquant par un épilogue où l’on découvrira en parallèle le destin de chacun. Une conclusion en forme de cinquième partie autour d’un « capitaine », qui souligne un peu trop la nécessité d’un sauvetage et les nombres de migrants et de morts qui ne cessent d’augmenter.
Au milieu d’autres interprètes (Yasmine Al Massri, vue dans "Caramel", Yahya Mahayni vu dans "L'Homme qui a vendu sa peau", Ziad Bakri vu dans "Le Temps qu'il reste" ou "Les Barbares"...), c’est Omar Sy qui incarne le passeur, profitant d’un camp de réfugiés pour faire son immonde commerce, vivant en Turquie avec son fils et espérant lui aussi migrer vers les États-Unis. Le scénario ne fait que malheureusement que survoler les personnages, tenant ainsi à distance toute émotion, en réduisant ceux-ci à leur simple fonction utile pour l’intrigue ou à leur position de rouage dans un engrenage qui écrase ou utilise l’humain, laissant chacun à une place qui n’est pas celle souhaitée. Et globalement le film n’a ni le souffle poétique du puissant "Moi, Capitaine", de Matteo Garrone, ni les aspects clinique et politique de "Green Border" d’Agnieszka Holland, deux films sortis il y a peu abordant aussi l’impasse des migrants. Au final, si les scènes de bombardement du début sont assez saisissantes, utilisant efficacement son et hors champs, les transitions d’un chapitre à l’autre, ponctuées de cliffhangers pertinents pour les deux premières, permettent de maintenir un certain suspense au sein d’une intrigue d’où l’émotion à paradoxalement du mal à s’extraire.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur
