LE MAGE DU KREMLIN

Un film de Olivier Assayas

Une implacable dissection de l’exercice du pouvoir russe

Synopsis du film

À la suite de la chute du bloc soviétique, dans les années 1990, en Russie, le jeune Vadim Baranov se fait une place discrète, entre art et télé-réalité, avant de devenir le conseiller officieux d’un ancien agent du KGB, Vladimir Poutine. Il sera à l’origine de la montée d’un discours sur son pays, sa grandeur, sa domination, aidant à porter au pouvoir Poutine…

Critique du film LE MAGE DU KREMLIN

En s’attaquant à l’ascension au pouvoir de Vladimir Poutine, Olivier Assayas a réussi à rendre lisible l’impressionnant matériau issu du roman éponyme de Giuliano da Empoli (2022). Aidé au scénario par Emmanuel Carrère, il livre avec "Le Mage du Kremlin" un portrait approfondi d’un homme de l’ombre, personnage fictif inspiré de Vladislav Sourkov, qui aurait théorisé toutes les manœuvres et planifié l’ensemble des stratégies ayant permises l'avènement d'un régime autoritaire en Russie. À partir d’un entretien accepté 15 ans après ses débuts par le personnage, qui accueille un un auteur américain contacté un peu par hasard via les réseaux sociaux dans sa datcha, c’est donc sa voix-off qui va nous accompagner tout au long de cet impressionnant récit.

Car le film s’avère de ce point de vue là, passionnant, dans sa manière de décortiquer et analyser les événements des 30 dernières années ex-Union Soviétique et en Russie. Ajoutant à cela une prise de recul sur les techniques de manipulation des masses et des puissances occidentales, le scénario a le mérite de remettre à leur place certains moments ou alliances, ceci avec certain cynisme non dissimulé (les événements en Tchétchénie, l’utilisation des bandes de motards les Night Wolves, la relation naissance avec Prigojine, la mise au pas de la télévision publique…). Ici tout finit par faire froid dans le dos, tant la stratégie est mise à jour, derrière la volonté d’ériger la domination russe en mythe.

Le personnage interprété par Paul Dano, apparaît posé et empli de sang froid, calibré pour ne provoquer aucun rejet de la part du spectateur, tout ouï comme l’auteur américain face à sa logique. Mais son ton désespérément monocorde, malgré la réintroduction intelligente récurrente de sa relation ratée avec Ksenia (Alicia Vikander, troublante en femme libre qui lui échappe et finira par devenir le reflet d’un échec humain personnel) finit par agacer. Heureusement, Jude Law (dans le rôle de l’éternel président russe) permet quelques contacts en termes de froideur, venant sortir certaines parties du récit d’une certaine torpeur. Glaçant, ce dernier adopte avec brio la gestuelle comme les mimiques ou postures de Poutine, dans ses impatiences comme ses éclaires de tactique, ce que certains trouveront peut-être excessif ou caricatural. "Le Mage du Kremlin" n'en reste pas moins une implacable dissection d’une prise de pouvoir calculée, dont le scénario est le réel point fort.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

BANDE ANNONCE

À LIRE ÉGALEMENT

Laisser un commentaire