LE GRAND PHUKET

Un film de Liu Yaonan

Grandes transformations et petites gens

Synopsis du film

Li Xing est un adolescent qui vit dans un quartier en pleine reconstruction. Comme souvent à son âge, il ne s’entend pas très bien avec sa mère et considère le collège plus comme une punition qu’une opportunité. Il va alors trouver un refuge souterrain où il peut échapper à son quotidien…

Critique du film LE GRAND PHUKET

Pour son premier long métrage, Liu Yaonan a décidé de s’attaquer à l’adolescence, utilisant sa caméra comme un conducteur à travers sa mémoire, où l’on filme comme l’on voit, en plan moyen, sans artifice, trépied ou filtre de couleur. Mais dans son récit initiatique, le drame social n’est jamais loin, le parcours individuel croise l’histoire collective, la rébellion juvénile comme écho à un quartier promis à la destruction. Car comme son titre ne le suggère pas, "Le Grand Phuket" ne se déroule pas en Thaïlande, mais dans un secteur éponyme du Sud de la Chine, en pleine reconstruction. Ici, on s’intéresse aux interstices, aux marginaux, à ce bitume poussiéreux sur lequel les âmes déambulent maladroitement. Li Xing est un adolescent de cette zone, forcément en rupture avec son cercle familial, donnant à l’ensemble une saveur des "Quatre Cents Coups" de Truffaut malgré son postulat plus proche de la tradition sociale britannique.

Lorsque notre monde est synonyme de finitude, il est alors difficile de se construire, d’imaginer les repères stables d’une vie future. C’est précisément ce que drame subtil tente de capturer, des premiers émois aux rêves enfantins, assumant une part d’onirisme dans une œuvre ô combien portée sur l’authenticité, habitée par des acteurs non professionnels. Dans cette région où le béton efface les fondations et les souvenirs des résidents, chacun y trouvera son propre cheminement et chemin, le regard de Liu Yaonan refusant tout jugement. Évidemment, le portrait de cette mère peu aimante ou de cette tante au comportement dicté par les velléités financières amène le spectateur à se faire son opinion, mais jamais le film ne viendra les condamner. Sans atteindre la puissance de ses modèles, et avec quelques métaphores un peu trop appuyées, "Le Grand Phuket" n’est probablement pas la grande chronique intimiste et symbolique qu’il aimerait être. Mais son visionnage affirme la maîtrise d’un jeune cinéaste qui trouve dans chaque recoin, de l’humain. Un périple de 98 minutes à destination de l’Empire du Milieu est ainsi chaudement recommandé.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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