LE GÂTEAU DU PRÉSIDENT

Un film de Hasan Hadi

Le portrait d’un pays entre manque et corruption, en forme de formidable comédie dramatique

Synopsis du film

1990, en Irak. Les sanctions financières internationales sur le pays ont engendré une famine, mais Saddam Hussein continue à exiger que tous les citoyens célèbrent son anniversaire. Le 24 avril, soit deux jours avant l’anniversaire, à l’école, la jeune Lamia, 9 ans, est tirée au sort pour faire le gâteau. Elle qui vit dans la pauvreté avec sa grand mère, part avec son coq sous le bras, espérant trouver en ville les ingrédients nécessaires. Elle est vite rejointe par son ami Saeed…

Critique du film LE GÂTEAU DU PRÉSIDENT

Autant dire d’emblée que la Caméra d’or décernée en mai dernier au "Gâteau du Président", film irakien présenté à la Quinzaine des Cinéastes, n’est aucunement usurpée. Certes les œuvres issues de ce pays sont extrêmement rares, mais la tonalité douce amère du métrage, son fond social et politique, comme ses aspects profondément dépaysants, en font assurément l’un des meilleurs films de la dernière édition cannoise, mais aussi l’un des événements assurés du début 2026. La qualité de jeu, emplie d’un profond naturel, de la jeune interprète, ajoute également à l’émotion qui se dégage de cette épopée entre campagne et ville, où chaque nouvelle rencontre est synonyme de duperie possible, voire de danger.

Un peu à la manière d’un conte cruel, c’est un apprentissage de la réalité de la vie, mais aussi d’une société alors exsangue de restrictions et de pillages par ses propres dirigeants, que va vivre le personnage de Lamia. Et le métrage d’installer intelligemment les lieux et le contexte de pauvreté extrême dans lequel le personnage évolue, ainsi que sa grand mère, Bibi, dont la santé et le grand âge font qu’elle ne pourra plus aller aux champs. Un état de fait qui contraste avec la mise en valeur, non appuyée par une photographie naturaliste, de paysages méconnus du pays, avec notamment ce village de maisons flottantes, cachées aux milieux des roseaux, que chaque habitant rejoint en barque. Une scène à la tombée de la nuit, une maison brûlant à proximité, marquera forcément les esprits.

Mais "Le Gâteau du Président" est avant tout une comédie dramatique, lançant dans les rues cette petite fille et son ami, avec sous son bras un personnage secondaire à la fois surprenant et utile au récit : son coq, Hindi, finalement sa seule richesse. La force du film réside en sa capacité à montrer, à hauteur d’enfant, à la fois la corruption (elle commence d’ailleurs dès l’école, avec l’attitude du professeur-voleur et le tirage au sort préalable à l’anniversaire et les négociations qui s’ensuivent, permettant à certains élèves d'échapper aux corvées...), la pauvreté qui pousse aux pires comportements, l’inconséquence des autorités obnubilées par le devoir de faire plaisir au président, et la disparition même de la notion d’enfance, noyée par des problèmes d'adultes. Très beau récit de résilience et de débrouillardise, obligeant son personnage à affronter de rudes réalités, "Le Gâteau du Président" mérite finalement tous les éloges, pour son humanisme comme pour le choix d’une tonalité douce amère, qui en font un grand film.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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