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LE DERNIER PRISONNIER

Un film de Bujar Alimani

Symbole d’une transition inéluctable

En 1990, l’Albanie reçoit une délégation européenne dans un processus d’ouverture après des décennies de dictature communiste. Dans ce contexte, Leo, un détenu politique, est sorti de prison pour être transféré, mais il n’a aucune information sur ce qui l’attend…

Tout au long du film, le public n’en sait guère plus que le prisonnier politique lui-même. S’installe alors une atmosphère pesante, que souligne ponctuellement une musique oppressante (et parfois un peu trop présente). On s’embarque donc avec Leo dans le véhicule qui l’emmène de sa prison vers un lieu mystérieux et pour des raisons tout aussi inconnues. La scène inaugurale, qui montre les détenus regarder à la télévision l’arrivée d’une délégation européenne dans la capitale albanaise, donne toutefois une quasi certitude : il y a un lien entre le sort de Leo et la présence de ces étrangers à Tirana.

Le réalisateur Bujar Alimani laisse donc planer le suspense, délivrant au compte-gouttes les informations sur la situation mais aussi sur l’identité et le passé des protagonistes, et notamment ce prisonnier politique dont la personnalité devient de plus en plus complexe au fil du film. On croit d’abord qu’il s’agit d’un vieil homme tantôt angoissé, tantôt fataliste, mais il se montre progressivement rusé et provocateur. Ses répliques sonnent de plus en plus comme un réquisitoire contre le régime communiste qui a étouffé l’Albanie durant des décennies.

Le fantôme d’Enver Hoxha (qui a dirigé le pays d’une main de fer de 1945 à sa mort en 1985) plane régulièrement, comme lorsque les personnages croisent deux camions de soldats chantant sa gloire. "Le Dernier Prisonnier" s’avère surtout efficace dans la façon dont il ridiculise subtilement le régime alors agonisant, notamment au travers de moyens de communication défaillants (la voiture en panne, les routes dégradées, le téléphone qui dysfonctionne…) et de l’aberrant aveuglement idéologique dont font preuve les personnages dans leurs répliques et comportements.

Si la mise en scène est parfois maladroite (notamment les scènes en français avec Richard Sammel), la réalisation est globalement efficace dans la manière dont elle construit l’affrontement graduel entre les personnages, surtout entre Leo et le brutal et grotesque Asllan. On est, jusqu’au bout de ce long métrage (qui aurait pu être plus long), suspendu aux mots et aux actes des protagonistes. Et on comprend qu’il s’agit avant tout de souligner le fait que la chute du régime était, en 1990, inéluctable, donc que ses défenseurs se battaient alors contre des moulins en tentant encore de le défendre ou de le glorifier.

Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur

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Le-Dernier-Prisonnier_BA from Next Film Distribution on Vimeo.

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