LE 13 ROUND

Un film de Mohamed Ali Nahdi

Un cinéaste à suivre

Synopsis du film

Sabri est un petit garçon tunisien qui voue une vraie fascination pour son père, ancien boxeur professionnel. Mais lorsqu’une simple blessure à l’école révèle de plus graves problèmes chez leur fils, les deux parents se retrouvent à lutter à ses côtés contre sa maladie naissante. Il ne manquerait plus que le père ait envie de retourner à son premier amour, la boxe…

Critique du film LE 13 ROUND

Le premier film du tunisien Mohammed Ali Nahdi fonctionne dès les premiers instants en ce qui concerne sa note d’intention : réaliser un mélodrame dans la plus pure tradition du genre en mêlant déboires intimes et sociaux. On suit alors une famille tunisienne qui traverse la vie entre galères financières et problèmes de couple, mais lorsque le petit Sabri se fait mal à l’école en tentant de répéter les gestes de boxe de son père, tout va basculer. Alors qu’ils l’emmènent à l'hôpital, il s’avère que le petit garçon est atteint d’un cancer. Et le film va, à partir de là, rester coller à ce groupe de trois protagonistes pour nous faire partager ce voyage entre espoir et désillusion.

Son point fort est avant tout une mise en scène dans la retenue (du moins jusqu’à la dernière séquence du film) où le cinéaste joue entre sa caméra portée et de longues poses fixes qui permettent de créer un rythme soutenu tout en étant teinté d’une mélancolie forte. Le père regrette son passé de boxeur, la mère se demande si elle a fait le bon choix il y a des années d’abandonner sa vie pour lui et puis il y a le système dans lequel cette famille évolue qui n’est là que pour les rabaisser à un état de numéros dans une liste d’attente. Entre l’hôpital public surchargé, le temps d’attente délirant ou la clinique privée où l’humain n’a plus sa place, la famille est précipitée malgré elle au fond du trou par la force d’un système notamment de santé complètement à côté de la plaque lorsqu’il s’agit de traiter avec l’humain.

Alors qu’au vu du résumé on pensait que le père (incroyable Helmi Dridi) serait le pivot principal du récit, on remarque que plus le métrage avance plus c’est le personnage de la mère, campé par la géniale et touchante Afef Ben Mahmoud ("Amel et les fauves", 2023) qui se positionne comme élément central de l’intrigue et cœur émotionnel du film. Cette femme qui a tout sacrifié au nom de l’amour (pour son mari, pour son enfant) se rend compte avec cette épreuve que son couple, non dénué d’amour, part malgré tout en lambeaux. Et c’est bien le mutisme et la colère sourde du père qui les plonge dans l’abysse. Le film recèle des scènes touchantes et qui visent juste (ce fou rire avant l’opération, les discussions tendues et chuchotées entre les deux parents) au point qu’on aurait aimé que le cinéaste garde cette précision des sentiments jusqu’au bout.

Le film ne peut malheureusement alors éviter de verser dans un pathos un poil dégoulinant dans sa dernière ligne droite (le père qui repart en vrille, la séquence format vertical avant le générique…) qui empêche partiellement l’émotion atteinte jusqu’à présent d’exploser dans son final glaçant. On ne pourra que saluer la volonté de mettre en avant un parcours de vie à la fois commun et unique, intime et universel, porté par un trio d’acteurs qui nous captive de bout en bout. Mention spéciale au sous texte social, où l’on sent toute la rage du cinéaste face à un système dépourvu d’empathie et de bon sens. On peut vous dire sans crainte qu’il vaut le coup d’attendre le 13 round, mais qu’on attendait qu’une chose, c’est d’être KO. Un cinéaste à suivre.

Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur

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