L'AMOUR QU’IL NOUS RESTE
La persistance de leur petit monde à eux
Synopsis du film
Islande. Anna, artiste, qui s’occupe des brebis avec son père, et Magnus (Maggi) qui travaille sur un chalutier, sont séparés. Ils ont trois enfants, une fille adolescente et deux garçons. Déçue par la visite d’un galeriste suédois, Anna a de plus en plus de mal à supporter la situation, Magnus étant toujours dans les parages, pour un dîner ou pour une randonnée…
Critique du film L'AMOUR QU’IL NOUS RESTE
On dit souvent que l’on ne sait jamais ce qui se passe dans un couple. Avec ce nouveau long métrage du réalisateur de l’austère "Godland", mais aussi du plus intimiste "Un Jour si blanc", il semble que ce soit à la persistance des liens de complicité dans une famille de cinq, que l’on peut appliquer cet adage. Pourtant le nouveau film de Hlynur Palmason aborde bien, de manière symbolique, l’usure du couple et le changement de regard de la femme sur son mari, malgré les moments qui font encore famille (une randonnée à cinq, un rituel de cuisine ensemble…). D’emblée, un plan marquant, sans aucun son, l'arrachement du toit d’une maison, vient incarner la dislocation en cours de cette famille (un passage en réalité filmé en 2017, mais belle métaphore introductive pour ce film).
Puis ce seront les œuvres de la femme (œuvres du réalisateur lui-même), plaques métalliques qui viennent déposer leur rouille sur des toiles, pantin suspendu qui fera les frais des jeux d’enfants agités… qui viendront renforcer la parabole de l’usure du temps. Chapitré par saisons, d’un printemps à l’autre, "L’Amour qu’il nous reste" se pare aussi d’un humour à froid, grâce notamment à quelques passages oniriques représentant ces choses que l’on peut parfois s’imaginer, notamment par désir qu’un karma vienne rétablir une certaine justice (le sort de l’avion d’un propriétaire de galerie d’art peu attentif et voleur de l’œuf d’une oie, celui du père dans son lit après avoir tué le coq de la maison…). S’amusant avec ces représentations, l’auteur questionne aussi la virilité du père, tandis qu’il affirme le désir d’émancipation de la mère, au sein de cette comédie dramatique surprenante et pleine de tendresse où la nature islandaise, filmée en gros plan (champignons, myrtilles, lichens…), joue le rôle ponctuel de facteur d’apaisement.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur
