Bannière Festival de Berlin - Berlinale 2020

LAMB

Un film de

Tendre comme un agneau

Ephraïm est un jeune garçon éthiopien de neuf ans épris de sa brebis, Chuni, qu’il ne quitte jamais. Il vit dans un coin aride ravagé par la famine, avec son père qui décide de l’envoyer chez des cousins vivant dans une contrée moins sèche mais éloignée de chez lui. Très vite, les parents qui le recueille voient en sa brebis, un futur mets pour la fête qui se prépare…

Il est rare de voir émerger des films éthiopiens en sortie internationale et "Lamb" nous parvient sur les écrans français grâce à la 68e édition du festival de Cannes. Repéré par le comité de sélection de Thierry Frémeaux et intégré parmi les retardataires dans la catégorie Un Certain Regard, "Lamb" fait partie de ces attachants petits films d’auteur, tels que "Wadjda" ou "Pelo Malo", dépeignant avec justesse les mœurs difficiles de certains pays méconnus à travers des regards d’enfants.

On ne sait pas si cet amour est réciproque, mais le petit Ephraïm adore sa brebis couleur chocolat. Il l’a appelée Chuni et ne la quitte jamais des yeux. Il vit dans une contrée très aride de l’Ethiopie où la famine, qui a emporté sa mère, fait rage. Dans ces conditions, avoir du bétail comme animal domestique suscite bien des convoitises. Le père d’Ephraïm le sait et le lui rappelle d’ailleurs souvent. Mais il sait bien que cette brebis est tout pour son fils.

Tandis que son père va chercher du travail à la ville, Ephraïm est envoyé chez des cousins, une famille de paysans vivant dans une région agricole bien plus clémente que de là d’où il vient. L’arrivée du garçon n’est pas franchement une nouvelle très réjouissante pour les proches. C’est une autre bouche à nourrir et le savoir plus doué pour la cuisine que pour l’agriculture a le don d’énerver Salomon, le père de famille qui n’accepte pas que son neveu fasse des activités de femmes. Mais, par-dessus tout, il ne comprend pas cet attachement qu’éprouve Ephraïm envers sa brebis, qui finira - il en est convaincu - dans les assiettes de toute la famille pour la prochaine fête chrétienne. Effrayé par cette perspective et peu enclin à rester dans cette famille où il ne se sent pas le bienvenu, Ephraïm se met en tête de vendre assez de samossas au marché du coin pour pouvoir s’acheter un billet retour pour lui et sa bête.

Ce premier film de Yared Zeleke possède deux niveaux de lecture qui siéra au plus grand nombre. Le plus évident est tout l’enjeu d’Ephraïm, admirablement joué par le jeune Redia Amare, à sauver sa bête avec laquelle il entretient une relation attendrissante et captivante. En toile de fond Zeleke capture la culture locale avec détails et finesse. Les clivages religieux sont à peine abordés mais en l’espace de deux petites scènes éloquentes, le réalisateur nous éclaire de la situation. Il en va de même pour la place des genres dans cette société éthiopienne très patriarcale qui n’hésite pas à vouloir marier des pré-pubères. Enfin, sur la forme, on ne peut que saluer le travail de Josée Deshaies (qui a œuvré sur le "Saint Laurent" de Bonnello) dont la photographie magnifie littéralement les paysages montagneux de l’Ethiopie, qu’ils soient arides ou plus verdoyants. Un beau premier film.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

Laisser un commentaire