LA VOIX DE HIND RAJAB
Un témoignage indispensable, entre effroi et émotion
Synopsis du film
Le 29 janvier 2024, Hind Rajab, une fillette de 6 ans, piégée dans une voiture sous les tirs dans une rue de Gaza, parvient à appeler le Croissant-Rouge palestinien. Durant des heures, les bénévoles vont tâcher de garder contact avec celle-ci et d’envoyer une ambulance la chercher, elle et les membres de sa famille. Mais les difficultés pour obtenir une autorisation s’accumulent…
Critique du film LA VOIX DE HIND RAJAB
Si la trêve est depuis quelques temps partielle à Gaza, il est tout de même depuis maintenant des mois indispensable de documenter les atrocités commises lors de cette guerre qui oppose État israélien et Hamas, ayant fait des dizaines de milliers de morts, pour la plupart civils. Un travail de documentation à laquelle participe le nouveau film de Kaouther ben Hania (auréolée du succès de "Les Filles d'Olfa"), indispensable afin que les propagandes officielles, d’un côté comme de l’autre (comme toujours en temps de guerre), ne soient pas les seules à écrire l’Histoire. Et un travail qui passe ici par une reconstitution des événements, autour de la mort d’une fillette dont les enregistrements des appels sont véritables, du point de vue de ceux qui reçoivent les appels et sont dépendants de nombreux circuits de décision.
Si certains reprocheront à "The Voice of Hind Rajab", Grand Prix du jury au dernier Festival de Venise, où beaucoup l’attendaient en Lion d’or, d’utiliser la mort de cette fillette de 6 ans comme élément de suspense, et de réaliser ainsi un chantage à l’émotion. Or, le spectateur sait très bien quel sera le destin de Hind Rajab avant même d’aller voir le film, et celui-ci a le mérite de donner pour une fois voix à l’une des victimes civiles, aussi innocente soit-elle. La force du métrage est avant tout de décrire de manière détaillée les rouages des systèmes de décision et de procédures qui font au final perdre de précieuses minutes, voire des heures aux secours, tout en tentant de sécuriser leur action. Il met ainsi aussi l’accent sur l’absence d’humanité dans l’affrontement et la responsabilité partagée du drame auquel on assiste, ceci jusqu’à l’absurde.
Si l’un des personnages dessine intelligemment un signe Infini pour décrire ce fonctionnement décisionnel, comme un piège dans lequel tous sont pris et une boucle temporelle amenée à se répéter avec d’autres, c’est bien que le problème principal est là ; entre la fébrilité des soldats, la suspicion tous azimuts, le mépris des conventions internationales, posant dans le fond une vraie question : une guerre peut-elle être réellement régulée ? En utilisant les vrais enregistrements de la voix de la fillette, dont on ne verra qu’une photo, le film prend forcément aux tripes, créant l’ulcération à chaque nouveau rebondissement. Si d’un point de vue narratif, on pourra s’étonner que le responsable de la coordination ne soit jamais interrompu par le fait de devoir gérer d’autres cas, réduisant ainsi la crédibilité de l’ensemble, on saluera cependant l’interprétation du casting et la capacité de la metteuse en scène à mêler finesse de la reconstitution et moments réels (notamment avec le filtre d’un téléphone portable où l’on voit l’image des vrais protagonistes). Un témoignage poignant et indispensable sur la guerre en général, qui ne manquera sans doute pas de partager, mais aura le mérite d’enrichir le débat.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur


