LA PRINCESSE ET LE ROSSIGNOL
Prendre son envol !
Synopsis du film
Un minuscule oiseau défie le grand aigle pour savoir qui est le roi ; un jeune moine bouddhiste sort du monastère pour suivre un moineau dans la montagne ; une princesse surprotégée se passionne pour les oiseaux…
Critique du film LA PRINCESSE ET LE ROSSIGNOL
Énième programme de courts animés des Films du Nord (notamment aux commandes de la collection "La Chouette au cinéma", mais aussi du long métrage "Yuku et la fleur de l’Himalaya"), cet ensemble de trois récits s’articule autour de figures d’oiseaux et de thématiques comme la liberté et l’émancipation.
Premier film de la sélection, "L’Aigle et le Roitelet" (6’) est une magnifique adaptation d’un conte traditionnel ("La Proclamation du roi des oiseaux", également connu sous le titre "Le Roi des oiseaux"). Coloré, et relativement épuré (notamment pour les plans larges qui montrent la silhouette de l’aigle traverser les nuages), ce joli film s’avère malicieux et tendre, mais aussi visuellement enivrant.
Suit "Moineaux" (11’), récit initiatique qui propose une certaine sagesse puisque le petit garçon préfère s’évader dans la nature en suivant un oiseau plutôt que de continuer à jouer aux jeux vidéo en cachette. Si l’ellipse ne sera pas forcément comprise par les tout petits, cela ne les empêchera pas de profiter de la légèreté de cette animation et de l’attachant personnage central. Les adultes pourront être un peu plus sceptiques devant le paradoxe entre liberté et ascétisme religieux, mais ne tombons pas dans la surinterprétation analytique, ce film est surtout plein d’innocence !
Enfin, arrive le gros morceau, "La Princesse et le Rossignol" (26’), qui est un très beau récit d’émancipation. La princesse en question, qui fête ses 6 ans, est surprotégée par son père et empêchée de connaître le monde au-delà des murs de leur propriété. Cela ne fait pourtant pas du père un tyran, car c’est un personnage complexe, certes un peu coincé dans une mentalité traditionnelle (habitudes patriarcales, certain mépris de classe), mais surtout traumatisé par la mort de son fils et terriblement angoissé par l’hypothèse de la perte de sa fille. Du point de vue de ce protagoniste, c’est donc un récit sur le deuil et le lâcher-prise. La mère, de son côté, est un modèle d’ouverture d’esprit, tant dans la relation aux autres que dans l’observation de la nature et l’attrait pour l’art. La jeune princesse s’empare ainsi de la passion de sa maman pour les oiseaux et la peinture pour prendre progressivement son envol, assumer son individualité (elle réclame que son prénom soit utilisé au lieu de son statut de princesse) et affirmer ses choix et ses désirs. Une vraie réussite, qui est également très plaisante d’un point de vue esthétique, par exemple avec l’insertion de techniques différentes quand intervient l’initiation à la peinture.
Raphaël JullienEnvoyer un message au rédacteur
