LA PISCINE
Pas d’Alain Delon, mais une audace visuelle saisissante
Synopsis du film
Une jeune femme rencontre un architecte quadragénaire. Malgré leur différence d’âge, une relation se crée entre eux, le duo se transformant bientôt en trio avec l’arrivée du meilleur ami excentrique. Malgré cette étrange amitié, les trois passent de plus en plus de temps ensemble, au point d’interroger leur entourage…
Critique du film LA PISCINE
Lorsqu’on évoque un film s’intitulant "La Piscine", on pense immédiatement à Jacques Deray, à cette eau azur, au corps huilé et bronzé d’Alain Delon allongé de tout son long, à ses batifolages avec la sublime Romy Schneider. Certes, mais désormais, il faudra également faire référence à l’œuvre de celle qui fut la première réalisatrice bulgare, Binka Zhelyazkova. En 1977, elle réalisait un métrage éponyme, sorte de relecture des "Valseuses" où le triangle amoureux prenait ici une dimension nettement plus politique.
Bella est jeune et jolie. Elle est la fille d’une journaliste star. Le succès lui tend grand les bras. Mais malheureusement, au lendemain de la remise manquée de son diplôme universitaire, elle accuse le coup, elle ne croit plus tant en son avenir radieux. C’était avant de rencontrer Apostol, un architecte dont la personnalité la fascine autant qu’elle l’intrigue. Immédiatement, une relation fusionnelle se crée entre eux, bientôt enrichie d’un troisième luron particulièrement excentrique, Boyan, ingénieur du son de profession. Le début d’un drôle de manège à trois, où les hésitations amoureuses sont incontestablement moins des niaiseries mielleuses qu’un véritable prétexte pour voyager entre passé et présent, explorer le passé d’un pays encore meurtri par son histoire.
Portrait solaire d’une femme éminemment moderne, le film de Binka Zhelyazkova est avant tout l’autopsie de la psyché d’une nouvelle génération, pour qui la guerre est un sujet rarement évoqué et le communisme un vulgaire sujet d’embrouilles lorsque l’alcool a enivré la pièce. Cela ne veut pas dire que ces protagonistes-là ne sont pas cultivés ou qu’ils sont naïfs sur les tentatives de manipulation des foules par le régime en place, bien au contraire, mais ils ont choisi de ne plus regarder derrière, de s’abandonner à une existence pleine, riche d’expériences variées, où l’on se contredit, où l’on se trompe, mais où l’on vit sans retenue. En résulte une œuvre détonante et surprenante, à la mise-en-scène audacieuse et rythmée, que Malavida a bien eu raison de sortir enfin en salles dans le cadre de la deuxième partie de sa rétrospective « Éclat(s) d’une cinéaste révoltée. » Car de la fougue, il n’en manque certainement pas dans cette piscine au féminin.
Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

