LA PIRE MÈRE AU MONDE
Malgré les bonnes intentions de départ, la farce se transforme en comédie indigeste
Synopsis du film
Louise, vice procureure, spécialisée dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, est à la fois arrogante et suffisante, se targuant d’avoir 152 de QI et plus de 1000 ans de prison ferme à son actif. Mais lorsqu’il s’agit de succéder au procureur général, en fin de carrière, ce dernier lui indique qu’elle ferait mieux d’accepter un poste en province, quitte à être ponctuellement rétrogradée. Elle accepte alors, contre son gré, de devenir l’assistante du Vice Procureur de Nogent le Creux, où sa mère, qu’elle déteste, exerce encore comme greffière…
Critique du film LA PIRE MÈRE AU MONDE
Les premières minutes de "La Pire Mère au Monde", long métrage passé par le dernier Festival d’Angoulême, donneront malheureusement le ton de l’ensemble du film : montage chaotique, tics de mise en scène tape à l’œil, surjeu permanent, personnages insupportables au lieu d’être drôles, situations jamais crédibles, la liste pourrait être longue... Le tout est affublé de plus d’un montage ultra découpé, de zooms soudains sans intérêt, maintenant un rythme speedé permanent, anéantissant l’effet de l’aboutissement sur un climax (une fête assez odieuse de la procureure en son propre honneur). Telle une publicité d'entreprise montée à la va-vite, cette introduction, qui a certes pour but de qualifier le côté détestable et imbu d’elle-même de la protagoniste, et qui voudrait nous plonger dans un esprit de farce, enterre les perspectives de pouvoir à un moment donner du crédit à celle-ci. D’autant que son arrivée dans le tribunal de province enfonce le clou, entre tirades agressives improbables, comportement autoritaire permanent, irrespect de la hiérarchie et mépris des subordonnés.
Tout dans le scénario sonne faux, des dialogues calamiteux et ponctuellement douteux (le couplet sur le « miol » - ou « viol mou » - qui partait sans doute pourtant d’une bonne intention sur la dénonciation du manque de moyen de la justice en la mtière…) au comique de répétition qui ne fonctionne même pas la première fois (les diverses interpellations de la femme flic interprétée par Florence Loiret Caille avec le nom de famille « Chaton »…), de l’enquête sur des chiens agressant leurs maîtres aux jugements express via internet, jusqu’aux personnages secondaires réduits à un unique enjeu (le légiste, le patron du chenil…). Du coup les interprètes semblent en roue libre, surjouant pour le tandem principal une animosité permanente plus épuisante que drôle (pour Louise Bourgoin comme Muriel Robin) qui ne permettra jamais l'empathie, ou ne sachant pas vraiment ce qu’ils font ici (pour Gustave Kervern, qui semble passer une tête ça et là).
Censée émouvoir par la résolution d’un vieux trauma amené comme un cheveux sur la soupe, cette histoire déjà pas crédible dans ses ressorts, s’achève de plus en enfonçant le clou sur le caractère manipulateur de son personnage principal. Si on se dit qu’une comédie sur une famille de juges a le droit d’être critique envers le métier ou l’attitude de certains, on a tout de même l’impression que la ligne rouge est largement franchie, sans justification comique. À force de grossir le trait, le film ne profite même pas de l’effet de quelques bonnes idées, disposées ça et là (les juges qui s’appellent tous Maryse lors des audiences internet, les noms donnés à certains des chiens…). Au final "La Pire Mère au Monde", malgré tous les efforts et bonnes intentions de Pierre Mazingarbe (qui vient de la bande dessinée), premier film storyboardé dans le moindre détail, mène sa barque laborieusement, arrachant un ou deux sourires, avant de parvenir (attention pseudo-Spoiler) à la réconciliation trop attendue.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur
