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LA PETITE GRAINE

Mon fils, ma bataille

Synopsis du film

Ça fait quinze ans que Denis et Céline tentent désespérément d’avoir un enfant, malgré l’infertilité de Denis. Après plusieurs tentatives d’inséminations artificielles avec différents donneurs, ils décident de faire appel à Antonio, le seul homme à avoir déjà mis Céline enceinte…

Critique du film LA PETITE GRAINE

La petite phrase d'Emmanuel Macron sur le « réarmement démographique », prononcée lors de l'allocution présidentielle du nouvel an 2024, avait beaucoup fait réagir à l'époque. Les uns moquaient la comparaison des bébés avec des armes, tandis que les autres s'offusquaient que l’État vienne s'immiscer dans les projets familiaux de ses citoyens. Visiblement, il existe une troisième voie, qu'ont empruntée les frères Rifkiss, qui consiste à broder autour de cette injonction à devenir parent toute une réflexion sur l'amour, la vie de couple, et bien sûr la parentalité. Adapté d'un de leurs propres courts-métrages (déjà avec Louise Massin et Sébastien Chassagne), leur premier long dénonce avec raison, mais non sans une pointe d'ironie, la pression sociale qui existe encore aujourd'hui, autour d'un modèle du couple parfait avec deux enfants, un chien et une piscine.

Ce que nous disent les frères Rifkiss c'est qu'il existe autant de modèles qu'il y'a d'individualités. Chacun des quatre personnages principaux a sa propre vision de la parentalité. Si Céline semble la plus impactée par ce modèle qu'on lui vend et dans lequel elle ne parvient pas à rentrer, Denis semble lui davantage motivé par une vision de son rôle d'époux qui doit s'efforcer de combler les désirs de sa femme. En somme Céline veut des enfants pour faire plaisir à la société et Denis veut des enfants pour faire plaisir à Céline. Quant à Antonio, le pauvre bougre à qui l'on vient demander ses petites graines, il ne veut tout simplement pas entendre parler d'enfant, masquant assez mal ses craintes de ne pas être à la hauteur derrière un ton cynique. Mégane, l'amie d'Antonio et pièce rapportée dans cette intrigue triangulaire, entend faire profiter le jeune couple de son expérience de quatre maternités successives, pas toujours heureuse, afin de les dissuader d'avoir des enfants.

On entend donc tous les sons de cloches sur ce sujet qui ne laisse jamais indifférent. Partant de là, l'histoire aurait pu rapidement se transformer en débat d'idées plan-plan et très théorique. Mais les auteurs éludent cet écueil en s'attachant davantage à décortiquer la psyché des protagonistes et à analyser les causes et les conséquences de ce désir d'enfant. La conséquence la plus néfaste étant que leur propre désir est relégué au second plan, ce qui vient ébranler les fondements même de leur vie de couple. Les frères Rifkiss parviennent à faire ce pas de côté, vis-à-vis d'un ton humoristique dominant, pour dresser le portrait sensible d'un couple fragilisé par l'absence d'enfant. Si on peut regretter quelques longueurs et des choix musicaux discutables, cela ne vient pas gâcher un film d'une grande sensibilité et d'une intelligence bienvenue sur un sujet aussi difficile.

Benjamin BidoletEnvoyer un message au rédacteur

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