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LA NUIT DES CLOWNS

Un film de Eli Craig

« J’suis pas venu ici pour souffrir ok ? »

Synopsis du film

Kettle Spring est une petite bourgade du fin fond des États-Unis perdue au milieu des champs de maïs. Et que ça lui plaise ou non, Quinn emménage avec son père, nouveau médecin de ce trou paumé sans réseau. Très vite, Quinn fait la connaissance de la bande de jeunes casse-cou locale et remarque que plusieurs choses pas nettes se passent en ville. Et alors que les habitants se préparent à la fête annuelle, des mystérieux clowns font irruption pour rajouter un peu de barbaque à la soirée…

Critique du film LA NUIT DES CLOWNS

Vous l’aurez compris, avec son pitch typique des slashers et son titre plus que évocateur (et annonciateur d’une franche rigolade), "La Nuit des Clowns" a le mérite de ne jamais se targuer de n’être rien d’autre qu’un bon moment à passer avec des copains et de la bière. Dès les premières minutes, la caméra prend le temps d’un travelling pour bien nous rappeler que l’entreprise compte respecter les codes du genre : en un plan on peut voir une soirée illégale dans une grange, deux filles qui s’embrassent, un joint qui tourne et une partie de jambes en l’air qui se prépare dans les champs. Nous sommes donc en territoire connu et conquis par des décennies de films ayant soit posées ces bases (que ce soit avec "Psychose" en 1960 ou les giallo italiens de ces périodes) soit les ayant essorés jusqu’à la moelle ("Meurtres à la saint-valentin", la saga "Vendredi 13" et on en passe).

L’introduction traditionnelle nous rappelle alors que rien n’a changé et on se prépare potentiellement à un 36ème degré. Eli Craig n’en est pas à son coup d’essai et son "Tucker et Dale fightent le mal" en 2012 reste dans un coin de notre mémoire. Le long métrage était doté d’un cœur gros comme ça et pouvait se targuer d’arriver au niveau des vraies bonnes parodies du genre telles que la trilogie "Cornetto" de Edgar Wright ("Shaun of the dead", "Hot fuzz" et "Le Dernier Pub avant la fin du monde"). Eli Craig atteignait cette même corde sensible entre véritable tranche de rire et émotion sincère en nous présentant ces deux rednecks qui renforçaient leurs stéréotypes à grands renforts d’accidents mortels tout droit sortie d’un concept comme la Loi de Murphy. On pouvait alors s’attendre à un programme quasi similaire au vu de la bêtise assumée de l’ensemble jusqu’à son titre, renforcée par la conscience quasi méta du métrage à jouer sur des codes usées, vus et revus.

Mais alors que le délire semble bien parti, le film s’effondre rapidement par manque de substance, avant de se réveiller pour son final certes savoureux, généreux en globules rouges et blancs, mais qui arrive après presque une bonne heure à suivre les pérégrinations de Quinn et ses copains. Malgré la mollesse de ces séquences pourtant nombreuses et desservies par une mise en scène qui ne cesse d'effleurer son second degré sans jamais l'embrasser avant la fin, le personnage de Quinn est un bon exemple des symptômes de l’ensemble. Entre ses querelles avec son père défaillant (campé par l’excellent Aaron Abrams vue dans la série "Hannibal") et sa rencontre avec la bande locale, Quinn n’est alors pas totalement un archétype de Scream Queen (héroïne de slasher movie), mais tout de même un peu beaucoup : elle jure, se rend compte des clichés elle-même et se permet même d’être un peu moins écervelée que ces camarades, mais le film la ramène, lors d’une même scène à son statut de base. Rebelle mais pas trop, voilà ce qu’est Quinn. Et le film avec.

Ce sentiment ne fera que se renforcer au vu du potentiel comique derrière cette entreprise finalement assez sage. Quand les clowns arrivent par dizaines, armés de tronçonneuses, le long métrage se réveille et nous avec. Non content d’avoir eu de nouveau Kevin Durand ("La planète des singes : le nouveau royaume") en roue libre et notre lot de tripes déversées sur le pare-brise, un sentiment d’une occasion manquée s’installe tout de même dans notre petit cœur tout mou, en manque d’un genre qui se contente d’être soit très con soit trop sérieux ("In a Violent Nature", oui on pense à toi).

Et ne nous faites pas dire ce qu’on n’a pas dit. Il existe pléthore de films de cette écurie si particulière qu’est le slasher que même des chefs d’œuvres se cachent parmi eux ("Freddy les griffes de la nuit", "Massacre à la tronçonneuse" original ou encore "It Follows" pour ne citer qu’eux) et que même dans leur premier degré le plus hilarant, certains arrivent à nous renverser des mythes installés et à proposer un vrai film d’exploitation avec son lot de personnages stupides, souvent dénudés et alcoolisés et avec la bonne idée d’aller camper dans un lieu isolé. Oui on te regarde "Vendredi 13" de 2009 de Marcus Nispel, ô grande réussite de ce que la bêtise du genre fait de meilleur. Alors pour finir sur une note plus positive, nous pouvons dire qu’au vu de son travail précédent, nous espérons que ce ne soit qu’une mauvaise passe et que Eli Craig va sortir la tête de son champ de maïs crasseux et mollasson pour revenir aux affaires avec plus de mordant. Ou de tranchant, question de point de vue.

Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur

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