LA GUERRE DES ROSE
Se faire envoyer dans les roses : mode d’emploi
Synopsis du film
Ivy est une cuisinière surdouée et Theo est un brillant architecte. Suite à leur coup de foudre hasardeux dans la cuisine d’un restaurant, ils se sont mariés, ont eu deux enfants, et ont su construire une cellule familiale que rien ne semble menacer. Le jour où le succès de l’une coïncide avec la déchéance de l’autre, le déséquilibre s’installe au sein du couple, faisant peu à peu remonter à la surface les rivalités et les ressentiments qui couvaient jusqu’ici…
Critique du film LA GUERRE DES ROSE
Très clairement, on ne félicite pas le distributeur français d’avoir tenu à conserver la traduction française du titre du film d’origine (réalisé par Danny DeVito en 1989) et du roman de Warren Adler dont il était l’adaptation. D’abord parce qu’une réduction sensible du titre ("The Roses") collait pour le coup très bien au contenu de cette nouvelle adaptation assez peu axée sur l’idée de « guerre ». Ensuite parce que, si guerre il y a, il faudra ici au spectateur une sacrée dose de patience jusqu’aux vingt dernières minutes du récit, histoire de savourer enfin quelques chantages, vacheries et coups de pute en cascade – hélas à peu près aussi intenses qu’un combat de polochon entre esthéticiennes. C’est dire si la violence sociale et satirique du (meilleur) film de Danny DeVito a plié boutique pour l’occasion, et si le traitement de Jay Roach – décidément en panne sèche de verve comique depuis la grande époque d’"Austin Powers" – ne fait qu’aseptiser un traitement réclamant virulence et méchanceté.
Pour faire simple, on troque ici un verre de whisky-cyanure on the rocks contre une petite tasse de camomille tiède, Et pour la mise en scène d’un cas extrême de conflit conjugal, on repassera plus tard. Le scénario, déjà trop explicite dans son écriture (on jurerait que regarder le film les yeux fermés ne gâcherait en rien la compréhension de ses enjeux !), base toute sa construction dramaturgique sur un <i>deus ex machina</i> artificiel, inversant tout à coup les rôles au sein d’un couple – la carrière de l’un coule à pic tandis que celle de l’autre décolle en flèche. Sauf que Roach filme moins les représentants d’un milieu gratiné que les stéréotypes d’un genre éculé. Clarifions le problème : en lieu et place d’un couple de yuppies WASP déroulant plein cadre le tableau édifiant d’une société US ne jurant que par l’ambition et la transaction sous le vernis hypocrite de la bienséance, on doit se farcir deux endives british qui se chamaillent comme dans un vaudeville franchouillard, tout en restant malgré tout très amoureux l’un l’autre (parce que oui, l’amour revient vite à la charge pour apaiser le feu de la jalousie).
En partant de là, toute ébauche potentielle d’un crescendo comique apte à pousser tous les curseurs à mille finit tuée dans l’œuf, et pour cause : non seulement la construction du récit abuse un peu trop ouvertement du « fusil de Tchekhov » (une séance de tir, un poignard antique, une cuisine sophistiquée, une villa moderne avec une IA nommée « Hal »…) pour griller l’intégralité du climax final avec trois longueurs d’avance, mais chaque début de situation virant à l’aigre trouve à chaque fois son origine dans une biture plus minable qu’autre chose (et surtout pas drôle). Du coup, sans surprise, le casting se voit contraint de faire ce qu’il peut avec beaucoup trop peu. Olivia Colman et Benedict Cumberbach ont beau être de très grands acteurs, les voir se livrer à une battle de grimaces crispées et de répliques mécaniques a quelque chose de terriblement frustrant. Il ne faudra compter que sur cette grande tarée de Kate McKinnon (toujours championne pour dérider la moindre scène avec trois fois rien) et une avocate carnassière jouée par Alison Janney (à peine cinq minutes d’apparition !) pour nous extraire de la monotonie. Pas assez de matos, en tout cas, pour sauver ce remake qui aura probablement déjà disparu de l’Histoire du cinéma d’ici quelques semaines.
Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur
