LA GUERRE DES PRIX
Quand la négociation du prix des yaourts nous tient en haleine
Synopsis du film
Audrey est cheffe de rayon dans l’enseigne d’hypermarché Derval. Fille d’agriculteurs, c’est son frère qui a repris la ferme familiale et se démène tant bien que mal pour continuer à la faire exister. Un jour, Audrey est propulsée acheteuse à la centrale du groupe Derval pour négocier les prix des yaourts directement face aux producteurs, l’opportunité pour elle de changer le système de l’intérieur…
Critique du film LA GUERRE DES PRIX
Ça commence dans l’action : vite, on entasse les yaourts dans le rayon du supermarché ; vite, on envoie se faire foutre un commercial cherchant à faire passer ses produits en tête de gondole ; vite, vite, vite. Audrey, la cheffe de rayon de l’hypermarché Derval ne s’en laisse pas conter. Entre ses parents anciens agriculteurs et son frère faisant difficilement tourner la ferme familiale qu’il a reprise, elle en a vu d’autres. On est en Normandie, le ciel est bas, tout est brumeux et gris. Audrey a des valeurs, elle défend l’initiative de son frère, créateur d’un collectif d’éleveurs produisant du bio et du local, et ne craint pas de se battre pour ce qui lui semble juste. Son franc parler la propulse soudainement négociatrice à la centrale des achats de Derval à Paris et la voilà qui pense tenir son opportunité de changer les choses de l’intérieur.
Sa mission : négocier les prix les plus bas avec les producteurs de yaourt pour l’entreprise Derval. Ici aussi, dans les bureaux du siège à Paris, tout est gris, sombre, bouché. Et tout va vite. Vite, la présentation avec son partenaire de négociation, un vieux requin désagréable parfaitement interprété par Olivier Gourmet ;vite, les discussions dans des boxes rappelant des cellules de garde à vue ;vite, son acclimatation à ce monde impitoyable, faits de collègues et de vendeurs sortant d’écoles de commerce et de patrons versés dans la politique. "La Guerre des prix" est bien ce que le titre vend, un thriller anxiogène autour de la moisissure du système de la grande distribution pour qui, comme le rappelle le détestable personnage d’Olivier Gourmet, « à la fin, c’est toujours une question d’argent ».
On ressort de ce film étonné d’avoir été si tendus par une histoire d’achats de yaourts, et inquiets à l’idée de se rendre de nouveau dans une grande enseigne de supermarché. Mission réussie donc pour ce film dénonciateur, qui éveille à un sujet peu traité au cinéma, mais à fort potentiel narratif. Si la galerie de personnages se révèle assez complexe, entre le vendeur de Sodalis (rappelant la toute puissante marque Nestlé), lucide mais préférant donner un sens à sa vie en dehors du travail, et le négociateur pour Derval, sans pitié, se battant autant pour les consommateurs que pour sa boite, à qui il doit son ascension sociale. On regrettera juste le manque d’explication dans les quelques moments de bascules du personnage principal interprété par Ana Girardot.
Amande DionneEnvoyer un message au rédacteur
