LA GRAZIA

Un film de Paolo Sorrentino

Savoir partir et laisser partir

Synopsis du film

Mariano De Santis, Président de la République italienne, marqué par le deuil de sa femme, est en plein questionnement autour de deux sujets : deux grâces présidentielles et la promulgation d’un projet de loi hautement controversé sur la fin de vie. Son mandat touche à sa fin et l’introspection qu’il entame avec un certain flegme, l’oblige à questionner ses relations avec sa fille et son propre avenir…

Critique du film LA GRAZIA

Découvert en ouverture du Festival de Venise 2025, "La Grazia" a permis à Paolo Sorrentino de revenir à la Mostra (où il avait déjà présenté sa série télé réalisée pour Canal Plus, "The New Pope", avec Jude Law), 4 ans après son Grand Prix pour "La Main de Dieu", production Netflix, lui qui est surtout un grand habitué du Festival de Cannes, où la plupart de se films ont été présentés. Retrouvant ici son acteur fétiche, Toni Servillo ("Il Divo", "La Grande Bellezza"…), qui endosse ici avec une véritable malice le costume d’un Président de la République italienne en plein questionnement autant personnel que politique, qui lui aura valu la Coupe Volpi du meilleur acteur, ainsi qu’une nomination aux récents European Film Awards.

Avec une introduction qui détaille, par des cartons citant la constitution italienne, le rôle du Président dans ce pays, le film traite avant tout de l’indécision et donc du courage politique, affichant un certains nombres de contradictions qui traversent l’Italie, en raison du poids de la religion (l’apparition et l’échange avec le pape africain sont un vrai délice), ou du dilemme entre loi et arrangements. C’est ici autour de deux enjeux principaux, que se cristallisent les hésitations du personnes (la promulgation d’un texte de loi sur l’euthanasie et la grâce de deux personnes : une femme ayant assassiné son mari violent et un homme se laissant mourir après avoir tué sa femme atteinte de la maladie d’Alzheimer et sujette à des crises de violence).

Accompagné par une musique électro sporadique, semblant refléter les frissons du personnage, le film développe également grâce à des dialogues finement calibrés, des enjeux intimes plus universels, comme l’implication parfois distante dans une relation père-fille ou le deuil inconsolable de l’être aimé. Semblant mûrir un peu plus à chaque nouveau long métrage, Paolo Sorrentino traite de sujets à vue d’Homme vieillissant, et mesure ici un peu plus ses effets de mise en scène, qu’ils soient musicaux et visuels (on échappe pas à quelques ralentis signifiants), afin de mieux ausculter les tremblements d’un être qui doit tirer sa révérence et s’inventer une nouvelle vie. La grâce du titre revêt ainsi bien des aspects, pas seulement liés à la libération de prisonniers ou la décence de fins de vie, mais aussi la noblesse d’un homme capable de sortir de l’isolement de sa fonction pour mieux comprendre et écouter les autres, dont ses proches.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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