LA COULEUVRE NOIRE
Un envoûtant requiem pour une terre abandonnée
Synopsis du film
Travaillant sur un chantier à Bogota, Ciro reçoit un coup de téléphone. Il part alors en urgence et enchaîne un périple en bus, en pick up et à pieds, qui l’emmène auprès de sa mère, Lucia, mourante. Là, dans une maison qui tombe en ruine, alors que le père travailler sur une structure de bois, celle-ci est alitée, refusant de faire appel à un médecin. Délirant, elle lui parle de la forêt, du désert, des animaux qui ont fui, et des serpents. Elle lui dit aussi : « c’est ton tour »…
Critique du film LA COULEUVRE NOIRE
Présenté dans la section Acid du Festival de Cannes, "La Couleuvre Noire" situe son action dans la torpeur d’un lieu reculé, une ferme colombienne autour de laquelle la forêt a fait place à des terres arides (le désert de la Tatacoa). Dans cette ferme où revient Ciro, homme adulte, la petite quarantaine, survit son père, alors que sa mère, mourante, est sur le point de passer à trépas. S’ouvrant sur des images de ciel étoilé et de brume, baignées dans les bruits d’une jungle animée, c’est une légende qui reviendra plusieurs fois, dévoilant à chaque passage plus de détails, qui nous est contée par une voix de femme. Une légende centrée sur cette forêt disparue, avec ses créatures, les hommes souffrant de la faim et les serpents prenant le dessus. Une légende qui au final viendra reposer à Ciro ce choix qu’il a autrefois fait, de partir.
Car de transmission et de racines il est ici question, bien au delà de ce conte mystérieux qu’il se sait capable de raconter, ce qu'il se refuse à faire pour ne pas reconnecter à cette vie d’avant, où plane encore l'ombre de son frère disparu. Ajoutant une pointe de fantastique, autour de la figure du serpent, comme des âmes ou histoires passées (le plan sur son amie Ana, floue, telle un fantôme du passé…) Aurélien Vernhes-Lermusiaux ("Vers la Bataille") réussit un envoûtant requiem, réunissant une famille autrefois disloquée par la mort du frère, Lisandro, et le départ de Ciro. Incarnant dans une superbe photographie, cette région où la terre même semble muter, d’espaces aux multiples craquelures hautement cinématographiques, en monticules formant comme des drapés de fantômes, le réalisateur magnifie certains paysages et envoûte par l’omniprésence de la figure ambiguë de la couleuvre, adoptant toutes tailles et formes (des sifflements répétés, et même une série de lumières dans la nuit, comme un train dans la plaine ou une ribambelle d’étoiles). Surprenant et ponctuellement hypnotique "La Couleuvre Noire" est sans doute le film le plus abouti de l’édition 2025 de l’Acid Cannes.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur
