LA CONDITION
Un film parfois dur mais beau, et qui soulage, un peu
Synopsis du film
1908. Céleste est bonne chez un couple de bourgeois à la campagne. Dans cette maison quelque peu étouffante tenue par André, notable respecté et se voulant respectable, se joue un jeu de pouvoir dont les femmes font les frais. Par un biais inattendu, Victoire, la femme d’André, et Céleste, vont être amenées à se rapprocher…
Critique du film LA CONDITION
« Encore un film français en costumes sur les petits bourgeois », pourrait-on se dire à la lecture du synopsis de ce film ; et dans les faits, oui, c'est bien de cela dont il s'agit. Cependant, on a rarement vu un film français en costumes toucher à des thèmes aussi contemporains que celui-ci. C'est une sorte de huis clos dans une maison bourgeoise à la campagne. Comme il est de mise, le seul homme y résidant est celui qui décide de tout et pour cause, c'est aussi le seul qui ramène de l'argent au foyer. Maître chez lui, André aurait de quoi être heureux si ce n'était le refus de sa femme à partager son lit. Alors André fait ce qu'il a le droit de faire, il implore, il cajole, il se plaint et il force.
« C'est en m'emparant du rôle masculin que j'ai réussi à faire le film » racontait le réalisateur Jérôme Bonnell à l'avant-première du film projeté au Festival Lumière 2025 en parlant du fait d'adapter au cinéma un livre (Amours de Léonor de Recondo) au message féministe. André est donc l'archétype de l'homme qui se sait tout permis par la société, poussé à l’extrême dans le monde du début du 20e siècle. En lui, on retrouve ce qui crispe aujourd'hui dans le patriarcat : de perpétuelles justifications pour se donner bonne conscience, un égoïsme qui permet de minimiser toutes les situations, une remise en question superficielle. Dans cette maison de campagne étouffante, Jérome Bonnell dépeint ainsi un trio de personnages coincé dans des rôles plus ou moins enviables, sans complaisance et sans grande leçon de morale, les situations et les dialogues parlant d'eux-même.
Une mise en scène élégante, permise par les contraintes du siècle, accompagne l'histoire : les messes basses et rencontres nocturnes se font à la lueur des bougies, dans une obscurité qui avale les personnages, rendant les situations tour à tour inquiétantes et intimes. "La condition" réussit le pari de donner une réponse sans complaisance à certaines pleurnicheries actuelles et se pose en film parfois dur, mais beau, et qui soulage, un peu.
Amande DionneEnvoyer un message au rédacteur



