L'OEUVRE INVISIBLE

Le Songe d’une nuit de bobines

Synopsis du film

Alexandre Trannoy est probablement un nom qui ne dira rien, même aux plus cinéphiles. Pourtant, ce cinéaste a tourné avec Jean Rochefort, Lino Ventura ou encore Anouk Aimée. Que s’est-il passé pour qu’il tombe dans l’oubli ?…

Critique du film L'OEUVRE INVISIBLE

Comment raconter quelqu’un dont le temps ne semble n’avoir laissé presque aucune trace ? C’est le défi dans lequel se sont lancés Avril Tembouret et Vladimir Rodionov (ancien de Golden Moustache et réalisateur en 2025 d’"Anges & Cie", loin ici de sa veine comique) à travers la figure quasi mythologique d’Alexandre Trannoy. Réalisateur des années 50-60 ans, collaborateur de Jean Rochefort, Lino Ventura ou encore Anouk Aimée, il aurait dû avoir son nom dans les livres de cinéma, une rétrospective à la Cinémathèque, des apparitions régulières dans des ciné-clubs nostalgiques. Mais il n’en sera rien, un patronyme dans l’oubli, peut-être même de la volonté première de l’artiste. Poétique et onirique, ce récit de reconstitution est aussi celui d’une quête impossible, celle de la perfection, effrayante et dévorante, au point d’impliquer des comportements autodestructeurs.

Créature de l’ombre, génie incompris, escroc notoire, tous les témoins ont une version différente de l’histoire. Les années s’écoulent, la mémoire vacille, les anecdotes se mélangent, s’exagèrent, le mirage prend forme. On l’imagine autant qu’on s’en remémore réellement. Peu importe, le fantasmé et le réel ont fusionné depuis bien longtemps dans les songes de cet être du passé, dont on retrouve toutefois certains croquis au papier jauni, des articles de presse dans les gazettes d’antan et des mentions ici ou là. Est-ce pour autant un sujet suffisant pour un documentaire ? Les producteurs en douteront, le film se transformant alors en une expérience intimiste, un combat pour offrir un souvenir d’une autre époque, une manifestation introspective qui questionne son propre rapport à la conception.

Exercice de style pleinement maîtrisé, "L’Œuvre invisible" réussit à donner corps à l’insaisissable, à matérialiser les images effacées, esquisser la personnalité d’une silhouette évanescente. Dans cette enquête cinéphile, les yeux des spectateurs deviendront embués à voir défiler ceux qui l’ont côtoyé, Jean Rochefort, Anouk Aimée, Jean-Claude Carrière, Jacques Perrin, paroles inédites de magiciens qui nous manquent tant. Déclaration d’amour au septième Art, le métrage est aussi un hommage à ceux pour qui le grand écran est un lieu sacré, où l’on fuit le monde pour s’abandonner à l’ivresse de l’illusion. Le succès, la gloire et l’héritage sont anecdotiques, ce qui compte, c’est le geste, le processus, le désir. Portait d’un perdant magnifique, éloge de la passion, le documentaire d’Avril Tembouret et Vladimir Rodionov s’affirme comme un cadeau qu’on n’attendait pas, une missive emplie de tendresse sur la puissance de l’abstraction. Et qu’on ne peut qu’encourager à découvrir dans les salles obscures.

Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur

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