L'OEUF DE L'ANGE
L’impact de l’être humain
Synopsis du film
Une jeune fille à la longue chevelure sort d’une sorte de puit, un œuf énorme caché sous sa robe rose. Elle parcourt d’abord la forêt, avant d’arriver dans une ville aux rues et ruelles désertes. Un énorme bruit se rapproche cependant, avec des sortes de chars rouges dont descend un soldat armé, qui se met à la suivre…
Critique du film L'OEUF DE L'ANGE
Produit en 1985, ce film d’animation signé Mamoru Oshii ("The Sky Crawlers", "Avalon", "Ghost in The Shell"…), trouve enfin le chemin des salles françaises en cette fin d’année 2025. Basé sur une histoire mythique dont on taira le nom, le film propose une relecture extrêmement sombre mais stimulante, sorte de réflexion sur la capacité des hommes à survivre en paix au milieu d’autres espèces. Un sujet forcément d’actualité, 40 ans après la réalisation du métrage, entre la perte de biodiversité et la propension de l’humanité aux conflits. C’est donc dans un monde où organique et mécanique se mêlent étrangement (les chars, sortes de sauterelles métalliques rouges, les armes à têtes de serpents…), qu'évoluera son personnage innocent, sur fond de recherche de fossiles devenus reliques introuvables ou légendaires, et de capacité de régénération symbolisée initialement par l’œuf.
Presque sans aucune parole dans sa première demi heure, le métrage installe ce monde étrange et cette ambiance anxiogène dans laquelle évolue une petite fille aux traits noir et blanc (à l’exception de sa robe, aux deux teintes rosées). Les ombres jouent un rôle fondamental dans le dessin, de celle qui envahit la forêt ou les rues, aux grilles arquées, en passant par celles de poissons géants chassés aux harpons par des soldats sortis de nulle part, ou par les cheveux mêmes de la fillette créant ponctuellement la sensation de sa fuite. L’impressionnant travail sur le son (bourrasques soudaines, arrivée des chars, cri de la jeune fille…) vient compléter un dispositif immersif des plus efficace. Mais c’est surtout l’eau qui s’avère un élément central, irriguant l’ensemble du métrage, de la pluie battante aux étranges récipients remplis par la fillette dès qu’elle le peut, en passant par les figures de poissons (jusque dans les motifs des vitraux d’une église en ruine) ou le dézoom final qui achèvera de redonner la signification de l’ensemble. Un film aussi sensoriel que cérébral, jouant la carte du conte dans le conte pour mieux dérouter, avant de livrer sa conclusion inattendue.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur



