L'INTERMÉDAIRE (RELAY)
Comme un goût d’inachevé
Synopsis du film
Ash est un « fixer », quelqu’un qu’on embauche pour gérer les négociations de paiement entre entreprises, souvent corrompues, et ceux qui menacent de les faire tomber. Pour rester discret et dans l’ombre, il s’impose des règles très strictes et une organisation millimétrée. Mais une nouvelle cliente va venir faire dérayer son quotidien tant réglé…
Critique du film L'INTERMÉDAIRE (RELAY)
David Mackenzie fait partie de ces cinéastes qui aiment injecter des concepts dans ses œuvres, à l’image de "Perfect Sense" où une épidémie condamnait progressivement l’humanité à perdre ses cinq sens, ou l’excellent "Comancheria", saisissante relecture du genre ô combien américain du western. Pour son nouveau film, le premier depuis 2020 et "Outlaw King : Le roi hors-la-loi" (il s’était adonné entre temps, comme beaucoup, à la série avec "Sur ordre de Dieu"), le réalisateur part d’un postulat pourtant classique : un justicier de l’ombre, une victime fragile, une romance naissante. Mais dans ce thriller, la mécanique est différente, en raison de la technologie utilisée, au doux charme anachronique.
Car pour traiter les cas où il est missionné, Ash, un « fixer » dont le rôle est de gérer les négociations entre des entreprises corrompues et ceux qui détiennent les informations compromettantes, utilise un service télécommunication destiné aux personnes malentendantes. Au bout du fil, un opérateur lit les messages tapotés par notre protagoniste sur le téléscripteur, devenant la seule voix connue des clients après avoir précisé que les messages ne pourront pas être enregistrés. À l’ère du tout numérique, voici donc une drôle de manière de conserver son anonymat. Ce mode de communication n’est qu’un des nombreux exemples de trouvailles et de règles que s’impose le personnage pour être sûr qu’il ne sera jamais reconnu de ses clients.
Mais un jour, une agrobiologiste détenant un rapport confirmant que son entreprise produit des céréales cancérigènes vient chambouler son quotidien. En elle, il voit quelque chose de différent, se reconnaît, se sent prêt à se mettre en danger pour la protéger. Malheureusement, une fois la surprise des premières minutes dissipée, le métrage tourne vite au film d’action déjà vu, où les ficelles scénaristiques sont bien trop visibles pour continuer à divertir. Une fois de plus, il va falloir accepter qu’un individu entraîné depuis des années fasse valdinguer tous ses principes et règles pour une inconnue, mettant sa vie en péril comme s’il venait de débuter dans le métier.
Et la suite s’avère même beaucoup plus questionnable, avec une dernière partie proche de la série B, au twist douteux et au suspense limité. Si l’ensemble reste plaisant, notamment grâce à l’immense charisme de Riz Ahmed, une nouvelle fois impressionnant dans un rôle taiseux, le résultat vire trop à la parodie de comptoir pour susciter un engouement autre que celui lié à l’originalité de son concept initial. En grande partie plombé par un clan de méchants pas ultra-inspirés, "L'Intermédiaire" aurait pu signer la rencontre entre Hitchcock et "Mr. Robot", mais devra se contenter d’avoir su nous séduire avant d’entacher notre emballement à coups de courses-poursuites dispensables. Dommage, parce que dans cette idée de venir interroger le rôle des lanceurs d’alerte à une époque où la fake news est devenue reine, il y avait matière à une grande œuvre pour laquelle David Mackenzie avait toutes les clés en main…
Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur
