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L'IDÉE QU'ON S’EN FAISAIT

Un film de Sabrina Nouchi

Le Cœur des femmes

Synopsis du film

Quatre copines quittent leur foyer, leur boulot, leur famille pour une semaine de vacances entre filles, loin du tumulte quotidien. Direction le soleil de la Provence, où elles se retrouvent dans une superbe villa avec piscine. Mais cette semaine de congés pourrait aussi être celle des révélations et des adieux…

Critique du film L'IDÉE QU'ON S’EN FAISAIT

Vous êtes fan de film de bandes ? Et vous avez un faible pour les bandes de filles ? Vous vous régalez devant les comédies où chaque nana a son caractère bien à elle, où elles sont confrontées à l’existence d’une vie bien remplie, où elles doivent jongler avec leur mari, leurs enfants et leur boulot. Vous en raffolez quand c’est saupoudré d’un soupçon de romantisme avec quelques beaux garçons. Ce devait sûrement être l’ambition de ce nouveau film de Sabrina Nouchi ("Ça arrive") quand elle a entrepris de convoquer sa propre bande (Catherine Sorolla, Milo Chiarini, Andrea Dolente) pour une comédie qui n’est pas sans rappeler la version masculine du "Cœur des hommes" : des amis qui font un point sur leur vie, se portent et se supportent autour d’une piscine.

D’amitié, il est donc fortement question dans "L’idée qu’on s’en faisait". Une amitié, voire une sororité qui lie quatre femmes actives, pour la majorité dans le milieu artistique. Ambre est prof de danse, Magali est comédienne, Laure est styliste de mode et Lilou aurait pu, dit-on, faire une carrière de chanteuse, même si ce point est tout à fait discutable… comme beaucoup d’autres éléments du film d’ailleurs. Dès la première scène, on a envie de crier « Coupez, on la refait ». La direction d’acteurs (ou est-ce le jeu des comédiens ?) est douteuse à de nombreuses reprises. Et malheureusement ce sont les comédiennes qui démontrent souvent le moins de crédibilité, contrairement aux acteurs qui globalement sont bien meilleurs (mention spéciale à Janis Abrikh).

L’ironie de la situation c’est que l’une des quatre filles donne des cours… de comédie ! Dans une des scènes d’introduction, une troupe joue dans le cadre d’un cours avec Magali, la prof d’acting, qui assène un « Coupez ! » à ses apprentis pour arrêter le massacre de l’une d’entre elles qui joue dans l’exagération et manque fatalement de naturel. Magali donne bien évidemment des conseils, mais comment ne pas rire devant cette situation sachant que les comédiennes surjouent souvent et manquent fatalement de naturel !? Les dialogues sont parfois balbutiants ou hachés. Les blagues ne fonctionnent jamais. Et la plupart du temps, on a plutôt affaire à des monologues passés au téléphone, sans qu’à aucun moment on n’entende ou on ne voie l’autre au bout du fil, rendant le film souvent plat et désincarné.

Il faut dire que la réalisation est aussi le parent pauvre du film. Aucune idée de mise en scène ingénieuse. D’ailleurs aucune idée de mise en scène du tout. On a juste droit à des comédiens placés devant la caméra et des champs-contrechamps sans imagination. On a parfois droit à des cadrages douteux, comme quand la styliste est convoquée par sa boss, et qu’en se rendant à son bureau, elle est cadrée en plan au-dessus de la poitrine donc presque à ras-le-cou laissant au-dessus de sa tête un immense vide qui interroge. La lumière, elle aussi, est souvent problématique. L’image est souvent laide, particulièrement dans les intérieurs et certains plans de nuit autour de la piscine filmés à coup de projecteurs qui font plus briller la peau (oui parce que la maquilleuse a aussi été potentiellement oubliée) que la qualité de ce film.

On tiquera également sur l’homophobie mal dissimulée alors qu’Ambre découvre qu’Andrea est gay. Surprise par une telle annonce, elle rétorque qu’elle ne s’y attendait pas du tout vu qu’il a « l’air tellement viril, on croirait pas ». Quand Andrea lui fait remarquer que « tous les gays ne sont pas des folles », elle insiste lourdement en disant que « dans le milieu de la danse, si quand même »… On notera la contradiction entre dire « On croirait pas que tu es gay parce que t’es viril » et « Tous les gays du milieu de la danse sont des folles », lui qui, justement, est dans ce milieu ! Cherchez l’erreur dans ce moment très malaisant qui s’apparente à de la pure homophobie… Dans tous les cas, les concernés apprécieront…

Comment ne pas relever une autre contradiction dans l’intention de Sabrina Nouchi de faire un film féministe, de femmes unies qui se portent et s’apportent mutuellement. Sauf que chaque personnage féminin sera associé à un pendant masculin qui va, au fil de l’histoire, les faire grandir. C’est donc bien la gent masculine qui leur fait prendre conscience de l’importance de se faire confiance, d’accepter leurs émotions, de s’ouvrir à l’amour et d’arrêter de vivre dans le mensonge… Ce n’est donc paradoxalement pas entre elles qu’elles trouvent des solutions. Ce sont bien les hommes qui leur ouvrent grand les yeux sur leurs conditions de vie misérables et les orientent vers une issue. Le message initial du film sur le girl power et la sororité en prend un coup.

On ne s’attardera pas sur les musiques tout droit sorties d’une playlist de copies de tubes (oui les droits d’auteur c’est cher) avec un sommet de malaise au milieu du film quand les comédiens dansent sur une fausse chanson de la bande originale de "Dirty Dancing" en lui copiant la chorégraphie. Bref, tout sonne faux dans cette comédie dénuée d’humour et de gags qui fonctionnent. "L’idée qu’on s’en faisait" est un métrage fait à la va-vite, qui n’évite aucun poncif (on se tape même le « J’ai une question, c’est pour une amie »). Alors peut-être qu’on « s’en tape des accords Toltèque », mais si on s’y réfère, le quatrième dit « Faites toujours de votre mieux » et là, avec ce film, on n’en est loin.

Mathieu PayanEnvoyer un message au rédacteur

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