L'ÉTRANGÈRE
Les destins brisés derrière les demandes d’asile
Synopsis du film
Selma est une réfugiée syrienne arrivée en France, à Bordeaux plus précisément. Elle a laissé derrière elle son mari, enfermé dans les geôles du régime, son petit garçon et sa mère. Le jour où elle rencontre Jérôme, un avocat, dans le restaurant où elle travaille, c’est le coup de foudre. Leur histoire d’amour va les plonger dans la découverte de l’univers de l’autre…
Critique du film L'ÉTRANGÈRE
Dès les premières images du film, le ton est donné. On y voit Selma (Zar Amir), un gilet de sauvetage sur le dos, se battre en mer afin d'échapper à la noyade. Une traversée périlleuse dont elle parvient à sortir in extremis. Arrivée à Bordeaux, sa quête pour obtenir l'asile politique s'inscrit dans un quotidien fait de petits boulots pour survivre. Tantôt femme de ménage, tantôt plongeuse dans un restaurant, Selma fait partie de ces petites mains invisibles qui assurent les tâches les plus ingrates. Le seul lien qui l'unit encore à son passé réside dans les nombreux appels téléphoniques qu'elle passe à son fils et à sa mère.
Son destin bascule lorsqu'elle fait la rencontre de Jérôme, un habitué du restaurant. Fasciné par le parcours de Selma, il souhaite lui venir en aide, quitte à mettre en péril sa propre vie de famille. Jérôme insiste sur le fait qu'il la trouve « courageuse ». Cet adjectif, anodin au premier abord, va lui donner la confiance nécessaire pour affronter son entretien à l'OFPRA (Office français de protection des réfugiés et des apatrides). Jérôme, interprété par Alexis Manenti ("Les Misérables"), la prend sous son aile. Quant au mari de Selma, incarné par Amr Waked ("Lucy"), il rappelle l'horreur des prisons syriennes et le sort réservé aux dissidents politiques.
Le film de Gaya Jiji ("Mon tissu préféré") n'est pas sans rappeler "L'Histoire de Souleymane" de Boris Lojkine, qui suit le parcours d'un jeune réfugié guinéen confronté à l'urgence et aux difficultés pour obtenir un titre de séjour. La réalisatrice y aborde l'un des sujets de société les plus commentés de ces dernières années : la migration, mais aussi le sentiment d'être « étranger », où que l'on soit. Comme le disait Tahar Ben Jelloun : « On est toujours l'étranger de quelqu'un. »
Gaya Jiji réussit à traiter un sujet brûlant avec une grande finesse, portée par un jeu d'acteurs puissant et sensible. Les dialogues sonnent juste, tout comme les personnages secondaires, loin des clichés et de la caricature. Le film raconte le destin d'une femme en quête de justice et de liberté, confrontée à la lourdeur administrative et aux obstacles qui se dressent devant elle. Elle signe ainsi un portrait de femme d’exception avec une grande justesse et une réelle habileté. Zar Amir porte un message fort : celui de ne jamais baisser les bras face à l'adversité.
Un film bouleversant qui nous rappelle que derrière chaque demande d'asile se cachent des destins brisés, des familles déchirées et des traumatismes profonds. Des femmes et des hommes qui n'aspirent qu'à une chose : vivre dans la dignité.
Djeinaba BaEnvoyer un message au rédacteur

