L'ESPÈCE EXPLOSIVE
Une comédie à la frontière des genres qui convainc par son originalité et la performance de son acteur principal
Synopsis du film
Dans les Ardennes la situation est tendue entre chasseurs et agriculteurs. Les uns encouragent la prolifération des sangliers pour continuer à pratiquer leur loisir et attirer les touristes. Les autres voudraient les voir disparaître pour protéger leurs champs. C’est dans ce contexte que débarque le maréchal des logis-chef Fulda Orsini, venu de Corse après un crochet à l’HP. Il prend immédiatement en charge l’enquête concernant des menaces faites aux chasseurs de la région. Des chasseurs qui ne sont pas non plus tout blancs…
Critique du film L'ESPÈCE EXPLOSIVE
Passé par la Quinzaine des cinéastes, le premier film de Sarah Arnold dresse le portrait d’une société à cran qui ne parvient pas à pratiquer le vivre ensemble. D’un côté les agriculteurs tiennent à bout de bras leurs exploitations face aux ravages causés par les sangliers, dont la population « explose », ce qui donne son titre au film. De l’autre, le syndicat des chasseurs, tout puissant dans les Ardennes où a été tourné le film, entretient une économie basée sur le tourisme et la chasse. Entre les deux, les autorités font presque sourire par leur inaction. Les gendarmes sont « juste là pour arbitrer leur guéguerre », pour reprendre une réplique du personnage campé par Vincent Dedienne. Mais le font-ils vraiment ? Et n’y a-t-il pas quelque chose de plus qu’une simple « guéguerre ».
Sarah Arnold convoque les codes du film de genre, du polar ou encore de la comédie romantique, dans un mélange des genres audacieux mais pas tout à fait maîtrisé. On peut se demander si une prise de drogue accidentelle, faisant basculer le film dans la comédie « stoner » pendant une longue séquence proche du dénouement, était vraiment nécessaire. Mais quel que soit le registre, force est de constater que Alexis Manenti tient toujours la route. Il est parfaitement crédible dans le rôle de Fulda Orsini, un personnage aussi lunaire que le film lui-même. Un rêveur dépressif capable d’une grande douceur comme des coups de colère des plus terrifiants. Il est lui-même à l’image du sanglier, une grosse bête paisible et brutale à la fois, mais surtout imprévisible. C’est sans doute là que réside la plus grande force de "l’espèce explosive", un film qui parvient sans cesse à nous surprendre et à nous emmener sur des chemins inattendus à travers les paysages vallonnés et brumeux des Ardennes, aussi inquiétant que rafraîchissant.
Benjamin BidoletEnvoyer un message au rédacteur
