L'ENGLOUTIE
Pourtant, que la montagne est terne…
Synopsis du film
1899, dans les Hautes Alpes. Aimée, une jeune institutrice laïque et républicaine, débarque dans « Soudain », un hameau encerclé par la neige sur les hauts plateaux d’une montagne reculée. Elle doit y rester le temps de l’hiver pour faire l’école à une poignée d’enfants. Alors qu’elle se fond dans la vie de cette communauté isolée et méfiante, un vertige sensuel grandit en elle, et ce tandis qu’une série d’événements tragiques semblent causer la mort de plusieurs montagnards…
Critique du film L'ENGLOUTIE
Avec ce nouvel exemple de drame historique localisé dans les reliefs des Alpes centrales, mieux vaut ne pas s’attendre à une redite du récent "Vermiglio". Déjà parce que le contexte historique diffère, ensuite parce qu’une certaine forme d’opacité prend ici le dessus. À bien des égards, le premier long-métrage de Louise Hémon tient davantage d’une sorte de grand écart entre la fibre romanesque de Jean Giono (mais un poil au-dessus de sa Provence adorée !) et le cinéma sensoriel de Philippe Grandrieux (on songe souvent à "Un Lac" de par ce décor hivernal et isolé où se nichent d’obscurs individus). Dès les premières scènes de "L’Engloutie", le cercueil d’un vieil homme tout juste décédé se retrouve placé par les locaux sur le toit du logement de la jeune héroïne, officiellement pour des raisons pratiques et hygiéniques (en gros, conserver le corps sous une couche de neige épaisse dans l’attente d’un vrai enterrement au printemps). Se posent alors déjà comme enjeux souterrains de cette histoire les coutumes et les superstitions au sein d’une communauté isolée, avec ce que cela suppose de perspectives inquiétantes et/ou aliénantes. Sauf que la réalisatrice fait le choix de ne pas s’y tenir, superposant à cela d’autres couches narratives, certaines concrètes, d’autres beaucoup moins.
Au-delà de la beauté des paysages et du caractère quasi ethnographique du récit (langues, rites, modes de vie…), on salue cette belle idée d’une nature imposante et enveloppante qui, par sa seule puissance minérale magnifiquement amplifiée par les choix photographiques, arrive à conduire toute seule la narration. Reste que cette portée contemplative et atmosphérique, d’abord séduisante, devient vite redondante à force de ne jamais se renouveler. Et ce qui existe en son sein s’enferme alors dans une mécanique de surplace. On a beau saisir l’envie de réduire les personnages à des silhouettes-fonctions dont le passé et la personnalité sont tus, difficile de s’attacher à eux ou de se sentir concerné par ce qui leur arrive. On a beau apprécier que les émois sensuels de l’héroïne (devenue objet de désir autant que de méfiance) prennent le contrôle du récit, ceci n’est qu’aléatoire. On a beau se laisser porter par ces hypothèses d’une force surnaturelle au vu des événements tragiques qui surviennent ici et là, tout cela tarde à se préciser jusqu’à se flouter fatalement. Et au terme d’une intrigue au rythme de plus en plus soporifique, la scène finale surgit telle une parenthèse remplie de points de suspension, un peu comme si Louise Hémon avait voulu changer brutalement d’aiguillage en fin de bobine. Ce flou propagé était-il pensé à dessein, ou faut-il y voir le signe d’une perte de repères chez une réalisatrice qui s’est laissé « engloutir » par ses propres partis pris ? On laissera chacun se faire son opinion…
Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur
