L'ENFANT DU DÉSERT
Une impression de bâclé et d'appuyé, pour un conte africain visuellement bluffant
Synopsis du film
La jeune Sun, 15 ans, reçoit un prix littéraire pour son roman inspiré d’une histoire africaine que lui avait conté son grand père. Elle est alors invitée là-bas, au cœur du Sahara, où une jeune femme prétend que l’histoire d’Hadara, enfant perdu et élevé par les autruches, qu’elle croyait inventée de toutes pièces, est véridique, et souhaite lui raconter la suite, afin qu’elle la retranscrive et qu’elle survive au-delà de la tradition orale…
Critique du film L'ENFANT DU DÉSERT
À chaque nouveau film de Gilles de Maistre (les très beaux "Le Premier cri", "Mia et le Lion Blanc", mais aussi les décevants "Le Dernier Jaguar" et "Moon Le Panda") on ne peut s'empêcher de constater qu'à partir d'une intention noble (ici autant écologique que questionnant le droit à vivre « autrement »), le résultat relève d'un beau gâchis. Bien entendu les images sont superbes (quelques plans aériens sur les dunes balayées par le vent notamment...), tournées dans des décors naturels à couper le souffle, avec une incroyable proximité avec les animaux (ici des autruches, dont le héros enlace le cou avec tendresse et un petit fennec des plus agités).
Mais le scénario veut greffer là-dessus un regard occidental, en rajoutant des personnages extérieurs souvent inutiles, aux messages ou attitudes appuyés, par des regards compatissants ou abattus insistants, comme par des dialogues souvent navrants censés être calibrés à hauteur d'enfants. Et la production, visant une distribution à l'international, nous semble bien vite expédiée, mettant quasi tous les moyens sur la capture de sites insolites et dépaysants, au détriment d'un casting adéquat ou d'un montage suffisamment travaillé. Si Kev Adams montre ici une tête, son personnage est des plus caricaturaux et seuls les 3 interprètes à des âges différents s'en sortent plutôt bien (on peut aisément croire qu'il s'agit là du même enfant à 2, 6 et 12 ans), alors que l'interprète de l'adolescente Sun restera jusqu'au bout une sorte de potiche figée, délivrant à peine deux expressions du visage pendant tout le film (le sourire gêné, la surprise teintée de curiosité). Et on ne parlera pas du doublage en français, tout juste calamiteux.
On regrettera ainsi qu'une source bien opportune apparaisse et disparaisse d'un plan à l'autre, que l'utilisation de la musique (plutôt élégante et enlevée) soit parfois si appuyée, traduisant finalement assez mal, à cause du montage, l'aspect épique de certaines situations. Si la gestion de la succession des voix-off est plutôt honnêtement gérée, on se dit que la phrase lâchée par le personnage de Kev Adams, « tu fais chier avec tes phrases toutes faites », pourrait malheureusement s'appliquer à certaines répliques du film lui-même, tant certains personnages sont schématiques (le réalisateur avec son projet tout tracé et ses menaces, Sun qui se met à prendre des notes...) ou certains messages sont soulignés (l'affirmation que « on n'intervient pas avec la nature », la réduction de la notion d'« être libre » à son absence de contact avec la civilisation, l'attendu couplet sur la personne qui doit se réapproprier l'histoire...).
Si les messages dans le fond ne sont pas forcément faux, ni inutiles, ils semblent s'amonceler jusqu'au coup de grâce : l'absence du jugeote de Sun et sa mère face au journal du personnage de Kev Adams qu'elles ont entre les mains, comme si son prénom ne pouvait aucunement faire tilt dans leurs têtes... Restent un joli morceau de piano alors que l'ami fennec décline, des couchers de soleils, des dunes, des rochers et des plans d'eau dépaysants, et une belle histoire de base d'enfant sauvage, malheureusement dénaturée par l'intervention de tiers caricaturaux. Cela contentera sans doute les plus petits, qui sont ici la cible principale.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur


