L'ENFANT BÉLIER

Un film de Marta Bergman

À courir deux lièvres à la fois…

Synopsis du film

Adam et Sara viennent de la ville d’Alep en Syrie. Tous deux ont fait le trajet depuis là-bas, jusqu’en Belgique, donnant naissance à la petite Clara, en Grèce. Alors qu’ils s’entassent avec d’autres dans une camionnette, pour un dernier passage vers l’Angleterre, le véhicule est pris en chasse par une patrouille de police spécialisée…

Critique du film L'ENFANT BÉLIER

"L'Enfant Bélier" est un nouveau film sur des parcours de migrants, qui souffre de l’absence du choix d’un réel point de vue. Car en commençant par un rêve virant au cauchemar pour Adam, criant soudainement les prénoms de Clara et Sara (un moment plutôt bien mis en image dans un étrange cocon de draps et de lumière orangée), comme si le récit allait être entièrement centré sur cette cellule familiale de migrants, le film nous fait une fausse promesse. Il perd de plus une bonne partie du suspense qu’il prétend ensuite installer, en ne choisissant finalement jamais entre le point de vue de ceux qui tentent de passer et celui de ceux qui tentent de les en empêcher. Un non choix bien dommageable, donnant l’impression au final de vouloir condamner comme ménager un peu tout le monde, sauf peut être les personnages les moins abstraits, représentant les autorités.

Bien entendu, les deux scènes de poursuites sont efficacement menées, fournissant leur dose d’adrénaline, avec un jeu intelligent sur l’obscurité et l’aspect technologique abstrait de la traque (les moyens sont importants vus depuis le PC…) opposé à l’aspect humain côté migrants. Malheureusement la suite du film, une fois le drame arrivé, en oscillant entre les deux côtés de la chasse à l’homme, perd en crédibilité, faute de personnages peu nuancés, au service pour la plupart d’une machine incapable de remise en cause. Et ce ne sont pas les quelques élans de culpabilisation du personnage de Salim Kechiouche, qui vont changer la donne, résonnant au travers de dialogues souvent schématiques, comme le méa-culpa trop facile ou le bémol à la charge contre la police.

"L'Enfant Bélier", s’il touche tout de même par moments, notamment lors de quelques passages tendres avec la petite fille, aurait sans doute gagné à jouer jusqu'au bout la carte du thriller immersif côté migrants, que la partie enquête aurait pu ensuite éclairer, en donnant à voir les agissements ou les arrangements des policiers. Au lieu de cela, cette deuxième partie semble bâclée, donnant ostensiblement raison au couple face au moindre autre personnage, affublé de dialogues tous signifiants, dans une opération d’auto-flagellation généralisée. On attend cependant de voir à quel nouveau sujet va s'attaquer la réalisatrice d'origine roumaine, Marta Bergman.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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