L'ÉLUE
Ce n’est pas tout d’être l’élue, il faut le prouver
Synopsis du film
Liz a toujours eu du mal à garder une relation plus d’un an. Mais lorsqu’elle rencontre Malcolm, l’engagement prend un tout nouveau sens et alors que ce dernier lui propose un week-end en amoureux dans son chalet perdu au fond des bois, Liz saute sur l’occasion. Elle était loin de se douter que cette escapade amoureuse tournerait au cauchemar lorsque petit à petit des évènements étranges arrivent…
Critique du film L'ÉLUE
Osgood Perkins trace son petit bonhomme de chemin depuis le méga succès "Longlegs" (2023) qui lui a permis d’être mieux distribué. Et on peut dire que le cinéaste ne chôme pas. Avec quasiment un film tourné par an, le fils d’Anthony Perkins (le tueur de "Psychose") enchaîne coup sur coup des réussites, surtout avec "The Monkey", sorti chez nous en début d’année. Mais c’est bien la première fois qu’il s’atèle à mettre en scène un scénario qu’il n’a pas écrit lui-même. Peut être éviterons-nous cette fois le énième dernier acte surexplicatif, sorte de mauvais réflexe que le réalisateur a tendance à brandir en fin de métrage pour s’assurer de ne perdre personne ? Oui et non.
Pour ce projet-ci, le scénario se concentre sur Liz (brillamment interprétée par Tatiana Maslany, déjà présente dans "The Monkey", dans le rôle de la mère) qui visiblement a une peur bleue de l’engagement avec les hommes qui ont parcouru sa vie. Mais sa rencontre avec le protagoniste Malcolm la fera peu à peu basculer dans la norme du couple hétérosexuel. Et c’est peut être avec ce sous-texte que le film est le plus intéressant : en ce concentrant sur un lieu unique avec l’idée d’une maison hantée, ce qui préoccupe les créatifs derrière ce projet c’est bel et bien la notion d’emprise qu’un homme peut exercer sur sa compagne. On remarque alors que plus le film avance, plus Liz se retrouve coincée dans une situation d’abord narrative, mais aussi existentielle, consistant à faire parti d’un carcan où la femme se retrouve seule dans une maison vide, alors que monsieur travaille.
Ses parts d'individualisme et d’autonomie vont lui être confisquée de plus en plus, alors que les secrets de Malcolm ressurgissent. Les moments de tensions qui naissent d’un dialogue, en apparence anodin, nous rappellent à quel point le cinéaste est passé maître dans l'exercice. Bien aidé par une mise en scène qui cherche toujours le décalage ainsi que les dialogues qui soulignent l’incompréhension qui règne dans le lien entre les deux amoureux, "L’Élue" ("Keeper" en version originale, un titre beaucoup plus équivoque et parlant au vu du sujet) dégringole un peu dans sa dernière partie, hélas très bavarde. Alors que la patte artistique du cinéaste tend vers le flou, le mystère, le cryptique, il n’a toujours pas assez confiance, soit dans son travail, soit en nous spectateurs, pour recoller les morceaux tout seul.
Dommage, au vu des designs de certains éléments franchement réussis, d’une ambiance toute en ambiguïté, que le film se tire une balle dans le pied à tenter de nous rendre clair ce qu’on avait réussi à comprendre tout seul. En espérant que Osgood Perkins ralentisse la cadence pour nous offrir à l’avenir un projet plus maîtrisé et en confiance avec les moyens qu’il emploie. Pour une fois que son scénario est épuré au possible et finalement assez simple, on espérait une plus grande foi dans le spectateur.
Germain BrévotEnvoyer un message au rédacteur


