L'EDEN
Portrait d'un homme pris entre deux feux
Synopsis du film
Joseph entretient seul une petite chapelle isolée en Israël. Il met un point d’honneur à conserver sa neutralité dans le conflit qui oppose ses voisins juifs et musulmans, israéliens et palestiniens. Il se lie d’amitié à la fois avec Ruben, soldat de Tsahal, et avec Ibrahim, maquisard arabe. Mais ces amitiés doivent rester secrètes, car elles sont dangereuses pour tous…
Critique du film L'EDEN
Depuis les attentats du 7 octobre 2023 et l'offensive israélienne à Gaza on a vu se multiplier les films traitant de ce conflit bientôt séculaire, du documentaire "Put your soul on your hand and walk" qui a ému le monde, jusqu'à la reconstitution d'un fait divers de guerre "La voix de Hind Rajab", en passant par le film historique "Palestine 36" sorti plus récemment. Ces films qui militent pour une paix qui n'a que trop souvent été retardée, prennent le plus souvent le point de vue Palestinien. Ceux qui connaissent le travail de Cheyenne Carron ne seront pas surpris d'apprendre que son nouveau film adopte le point de vue chrétien. Non seulement parce que la christianité est au cœur de l'œuvre de la réalisatrice, mais aussi parce que la position des chrétiens d'orient, pris entre deux feux dans ce conflit, permet un dialogue interconfessionnel que l'on retrouve fréquemment dans sa filmographie ("L'apôtre", "Que notre joie demeure").
Pour camper l'homme de Dieu voué corps et âmes à sa petite chapelle, c'est une nouvelle fois Johnny Amaro qui s'y colle (après "L'agneau" et "Je m'abandonne à toi" ). Force de l'habitude, il fait preuve de beaucoup de justesse dans ce rôle où la force du personnage est très intériorisée et repose sur des convictions inébranlables. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir ses moments de doute, comme lorsqu'il doit venir en aide à un combattant arabe blessé. Ne serait-ce pas prendre parti dans un conflit dont il cherche à rester le plus éloigné possible ? La neutralité qu'il affiche en toutes circonstances ne résiste pas aux valeurs suprêmes que sont l'hospitalité et la confiance envers son prochain. C'est ainsi que d'observateur distant il se trouve inévitablement à jouer le rôle de médiateur dans une tentative de dialogue interconfessionnel qui se résume hélas à quelques poncifs sur la futilité de la guerre et le pacifisme profond des trois grandes religions monothéistes. On était en droit d'attendre mieux de la part de Cheyenne Carron, qui brille souvent par la justesse et la pertinence de son écriture. On ne parvient pas à être convaincu par ce film qui se trouve comme à court d'argument. Peut-être a-t-on déjà tout dit sur le sujet. Mais en attendant la guerre continue.
Benjamin BidoletEnvoyer un message au rédacteur
