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L'ARBRE A CONTES

Prendre soin de la nature

Un petit homme, né d’un tas de copeaux de bois, est bien décidé à se construire une maison en coupant les arbres alentours. Un vieil homme habitué à récupérer les branchages des arbres morts, prend soin tour à tour d’une biche coincée dans un piège et d’un échassier blessé par un chasseur. Un homme n’a de cesse que de déranger le petit génie installé dans son pommier…

Nouveau programme réjouissant concocté par les Films du Whippet, "L'Arbre à contes" est constitué de trois histoires stimulantes, en lien avec le rapport de l’homme aux arbres et plus globalement à la nature. Dans l’iranien "Le Voleur d'arbres" (9 mn 40), c’est la surexploitation du bois qui est pointée du doigt, avec un petit homme et son chien, issus d’un tas de copeaux de bois d’une scierie, qui se construisent une maison et vont voir la nature se venger sous forme d’une terrible inondation, qu’on devine liée à la déforestation. Ici les formes noires du décor comme des personnages (quelques traits blancs viennent par dessus souligner certains détails, comme les poils d’une barbe…) laissent place parfois à leurs « empreintes », les arbres abattus laissant une trace blanche de même forme. Et certains éléments réels s’incrustent dans l’animation, comme les copeaux de bois, devenu habits et chapeau de l’anti-héro. Cette histoire sans paroles s’offre aussi le luxe d’un passage en animation noir et blanc, à travers les pages d’un journal que feuillette le personnage, prenant ainsi conscience de sa culpabilité alors qu’il est interdit de couper des arbres et que la police enquête.

S’ensuit "Une Histoire Douce" (15 mn), également venu d’Iran et certainement le conte le plus efficace et le plus élégant du programme, tout en ombres chinoises et superpositions, ponctuées de couleurs vives. Le film met en scène un vieil homme, attentif aux arbres et à la nature, qui s’évertue notamment à sauver un oiseau échassier blessé, avant d’être récompensé par celui-ci. Forcément morale cette histoire réservera au chasseur un tout autre sort, alors qu’il se met en tête de tirer à nouveau sur l’oiseau, pour ensuite s’en occuper hypocritement et obtenir la même récompense. Outre l’harmonie picturale de l’ensemble, la représentation géométrique de certains éléments colorés (les feuilles triangulaires des arbres, les lignes des brindilles des nids d’oiseaux…) est un régal visuel.

Enfin le programme se clôt avec "Le Génie du pommier" (10 mn 46), film russe qui joue lui avec la douceur des couleurs, entre peinture et crayons, autour d’un lieu unique : une ferme et le pommier voisin. Si l’on ne saisit pas forcément l’ellipse initiale qui voit vieillir d’un coup le fermier, le rapport à l’exploitation de la ressource naturelle est évident, même si ici ce n’est pas l’homme, malgré le dérangement qu’il génère vis-à-vis du génie (comme dans le premier film avec les oiseaux qui nichent dans les arbres…) qui provoque la catastrophe. L’alternance des fonds de couleurs unis, changeant au fil des moments de la journée, des saisons, ou des variations météo, est du plus bel effet. Les plus petits s’amuseront ici du personnage de l’âne du fermier, très serviable mais mangeur de pommes, ainsi que du génie lui-même, sorte de mini tronc d’arbre aux petites boutures, aux yeux lumineux et entouré d’un léger halo blanc. Le film vient ainsi compléter un recueil des plus cohérents, prônant le respect et l’exploitation raisonnable de la nature, même si le panneau d’introduction et sa citation, semblait lui beaucoup plus restrictif.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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