L'ÂME IDÉALE
Le spectre de l’amour
Synopsis du film
Elsa n’a beau avoir que 40 ans, elle a déjà renoncé à l’amour, pas tant à cause de désillusions que de son don : elle peut voir et parler aux morts. Et forcément, dans le quotidien, cela crée une légère différence avec le reste du monde. Mais sa rencontre avec Oscar pourrait tout changer, à moins que cette histoire naissante ne soit pas celle qu’elle avait imaginée…
Critique du film L'ÂME IDÉALE
On le sait, il est toujours délicat de se lancer dans son premier long métrage, en particulier lorsqu’on s’attaque à une thématique déjà essorée par le grand écran. De par son postulat de départ, "L’Âme idéale" s’inscrit clairement dans une imagerie de cinéma où il paraissait difficile de voir ce que le projet pourrait ajouter, de "L'Aventure de madame Muir" à "Ghost", en passant par "Always" de Steven Spielberg. Car dès l’ouverture, on comprend que le film d’Alice Vial ne va pas jouer un faux suspense : Elsa a un don, elle voit et peut parler aux morts. On se doute alors que sa rencontre avec Oscar va aller sur le terrain du fantastique, supposition confirmée au bout de quelques minutes seulement. Dans cette œuvre tendre et sensible, le but n’est pas de tenir le spectateur en haleine quant à la condition des protagonistes, mais d’esquisser une relation naissante au-delà des notions cartésiennes. Et à ce titre, "L’Âme idéale" est un bijou d’écriture, débordant d’une véracité jamais contradictoire avec son écrin.
Débutant comme une comédie romantique classique, le film part sur des directions beaucoup plus émouvantes et profondes, où le marivaudage est ici le rapprochement de deux solitudes, deux âmes isolées, persuadées de passer à côté de ce que devrait être leur existence. Sur un tempo parfaitement maîtrisé, le métrage déroule sa maestria comique grâce à la verve de son duo principal, avant de laisser l’émoi s’immiscer à l’écran, prendre le dessus et nous emporter dans un torrent déchirant de sentiments. En moins d’1H40, cette dramédie teintée de surnaturel parvient à multiplier les registres sans jamais égarer son propos et son fil narratif, nous emmenant doucement mais sûrement vers un final dont la prévisibilité n’annihile en rien son efficacité.
Si "L’Âme idéale" est autant une réussite, au-delà de ses qualités scénaristiques, c’est en grande partie grâce à l’alchimie saisissante entre ses deux comédiens. Magalie Lépine Blondeau, déjà repérée chez Monia Chokri ("La Femme de mon frère" et surtout "Simple comme Sylvain") éblouit la pellicule de sa grâce naturelle, parvenant en un regard à raconter bien plus que tous les mots possibles. Quant à Jonathan Cohen, on ne l’a tout simplement jamais vu aussi bon. Car si on a l’habitude de son bagout, on ne pensait qu’il avait cette capacité à bouleverser sans artifice, sublimant des dialogues qui auraient pu vite sombrer dans la niaiserie. Toujours du bon côté, le film s’impose comme l’une des grandes surprises de cette fin d’année, trouvant immédiatement sa place au classement des meilleures réalisations 2025. Avec une bande-son soignée, des acteurs au diapason, une intrigue détonante et une riche palette de tonalités, Alice Vial a passé avec les honneurs et les félicitations du jury son examen du grand bain. Pendant qu’on essuie nos larmes, on repense à la richesse et à la vitalité d’une œuvre singulière, à ces vannes qui nous ont amusées, et on se dit que l’on vient d’assister à la naissance d’une cinéaste. Et il n’y a rien de plus galvanisant !
Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteur
