L'AFFAIRE MARIE-CLAIRE
Un plaidoyer efficace à défaut d’être poignant
Synopsis du film
En 1971, Marie-Claire Chevalier, seize ans, est violée par un camarade de classe, tombe enceinte et avorte clandestinement. C’est elle, avec sa mère et les femmes qui l’ont aidée, qui se retrouve sur le banc des accusés au tribunal de Bobigny. Leur avocate, Gisèle Halimi, choisit alors de ne pas défendre des « coupables », mais de faire le procès de la loi elle-même, au risque de tout perdre…
Critique du film L'AFFAIRE MARIE-CLAIRE
Il existe des périodes où plusieurs artistes ressentent le même besoin de se replonger dans un épisode précis du passé. Peut-être parce qu’en France, après le drame américain, nous avons aussi tremblés de voir le droit de recourir à l’IVG remis en cause, le procès de Bobigny s’est vu à nouveau placé devant les projecteurs, à l’image de la pièce Le Procès d'une vie, auréolée de trois Molières cette année. Dans la reconstitution cinématographique de Lauriane Escaffre et Yvo Muller, il sera assurément question de cette procédure hors-norme, dont la portée politique n'a rien perdu de son actualité cinquante ans plus tard, mais comme son titre l’indique, "L’Affaire Marie-Claire" sera avant tout l’histoire des femmes derrière, celles qui ont pris le risque de tout perdre pour ce qu’elles estimaient être la chose juste à faire, peu importent les potentielles conséquences.
Nous sommes à l’automne 1971, Marie-Claire Chevalier, seize ans, est violée par un garçon pas vraiment plus vieux qu’elle, tombe enceinte et se voit dans l’obligation d’avorter clandestinement. Rien de surprenant, une histoire terriblement banale qui se répète à une époque où les femmes les plus modestes doivent se ruiner pour pouvoir accéder à ce type de soins, là où les familles plus aisées pourront aller en Suisse. Le jeune homme ? Évidemment qu’il peut continuer à arpenter les rues et suivre le parcours tout tracé par ses parents, sans jamais être inquiété, sans peut-être même aucun remord, aucune pensée envers la personne dont il a détruit la vie. Avec justesse et précision, le film démonte cette mécanique sociale, évitant l’écueil du pathos appuyé, jusqu’à même trouver, par instants, une légèreté bienvenue dans les scènes plus intimes consacrées à la vie de Gisèle Halimi et à ses rapports tendus avec sa propre mère.
Si le métrage réussit l’exercice périlleux de l’adaptation historique, c’est en grande partie grâce au talent de ses deux comédiennes, Charlotte Gainsbourg dans le rôle de la célèbre avocate et Cécile de France, impériale en mère courage. Si les acteurs sont au diapason, l’ensemble souffre malheureusement un peu de dialogues trop appuyés, se transformant en une tribune excessivement sûre d’elle-même, où les répliques sonnent comme une victoire annoncée contre le patriarcat, si bien que le film glisse vers le manifeste plus que vers le drame, annihilant sa puissance émotionnelle. Il en résulte une œuvre formellement bien menée, mais qui privilégie la certitude du discours à la tension dramatique véritable. Si le spectateur demeure cueilli par le cœur et la témérité de toutes celles qui ont osé se mettre en danger pour le bien commun, on aurait toutefois aimé que ce combat trouve une vibration plus forte à l’écran…
Christophe BrangéEnvoyer un message au rédacteurBANDE ANNONCE
<iframe width= »560″ height= »315″ src= »https://www.youtube.com/embed/v5U17gR-M8k?si=CMNfqdhVN12HdzxO » title= »YouTube video player » frameborder= »0″ allow= »accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share » referrerpolicy= »strict-origin-when-cross-origin » allowfullscreen></iframe>
