L'AFFAIRE BOJARSKI
Arrête-moi si tu peux… avec des charentaises
Synopsis du film
Dans la France de l’après-guerre, Ceslaw Jan Bojarski, un jeune réfugié polonais, se voit recruté par des truands pour ses talents de faussaire. D’abord orientée sur le terrain des faux papiers d’identité, son activité va peu à peu devenir celle d’un faux-monnayeur, capable de mener pendant plus de quinze ans une double vie à l’insu de sa famille en fabriquant seul dans un cabanon de son jardin des contrefaçons plus « vraies » que les billets sortis de la Banque de France. Mais ce « Cézanne de la fausse monnaie » va vite se retrouver en difficulté : en plus d’être constamment traqué par le pugnace commissaire Mattei, il sera surtout mis en péril par un entourage beaucoup moins prudent que lui…
Critique du film L'AFFAIRE BOJARSKI
Il faut attendre la fin de "L’Affaire Bojarski" pour qu’apparaisse enfin non seulement le vrai sujet du film mais surtout l’angle qu’il n’aura jamais réussi jusqu’ici à incarner par sa mise en scène : une vente aux enchères où le faux se vend encore plus cher que le vrai sous prétexte que l’un a réussi à corriger les imperfections de l’autre. Oser la corrélation entre la pratique du faussaire et celle du cinéaste n’a d’ailleurs rien d’exagéré, puisque les deux ont en commun de s’efforcer de crédibiliser ce qui est « fabriqué » pour mieux nous y faire croire et s’imposer aux yeux des autres comme un art en soi, donc digne de se voir exposé au regard d’autrui. Dire que Jean-Paul Salomé avait de l’or entre les mains avec un sujet pareil est un euphémisme. Dire qu’il en a tiré du plomb l’est tout autant. Il est clair que l’incroyable destin de Ceslaw Jan Bojarski, faux-monnayeur hors-pair, mais aussi inventeur de génie à qui l’on va jusqu’à attribuer la création d’outils faisant désormais partie de notre quotidien (du stylo-bille jetable aux dosettes de café !), méritait mieux que ce téléfilm plus poussiéreux que classieux, dénué de l’envergure cinématographique requise.
À l’image de ses précédentes reconstitutions d’époque ("Arsène Lupin", "Les Femmes de l’ombre"), Salomé retombe ici dans les mêmes travers du cinéaste-faussaire qui reproduit une image précise du passé en oubliant d’en amplifier les couleurs et les contours. Parler d’académisme n’est pas suffisant pour décortiquer cet énième cas de mise en scène bidimensionnelle où la caméra reste active à défaut d’être réactive, où chaque espace visité est un décor à regarder et non un milieu dans lequel s’immerger, où les couleurs sont aussi ternes que les jeux de lumière, où le cadre et le découpage se bornent à un principe de pure illustration. De ce cinéma pantouflard, où le drame n’a rien de poignant et où le thriller n’a rien de trépidant, ne peut hélas rien ressortir d’autre que de la mollesse et de la fadeur, ce qui se répercute aussi bien sur la direction d’acteurs (peu énergique) que sur les rares tentatives de scènes d’action (dont certaines fusillades escamotées et mal montées où chaque coup de feu fait le bruit d’un pétard à mèche). Quant à l’humour, il est sans cesse aux abonnés absents – même une curieuse pique visiblement adressée au regretté Andrzej Zulawski tombe à plat.
À ceci s’ajoute un autre problème tout aussi pénible : cet interminable et répétitif jeu du chat et de la souris auquel se livrent le faussaire Bojarski et le commissaire Mattei a tôt fait de rappeler "Arrête-moi si tu peux" de Steven Spielberg (dont il semble d’ailleurs reprendre un certain nombre de scènes, dont celle du « coup de fil amical »), et là, sur la rythmique d’un récit mouvementé comme sur la dynamique de tempéraments rivaux amenés à s’apprivoiser, la comparaison n’est jamais à l’avantage de Salomé. Aussi talentueux soient-ils en règle générale, Reda Kateb et Bastien Bouillon ont bien du mal à se mesurer à la paire d’as DiCaprio/Hanks, et leur affrontement à distance n’a même pas l’aura d’un duel psychologique susceptible de donner au récit la dimension d’un échiquier mental. Bien triste affaire que cette sage illustration sans âme ni énergie interne, dotée d’un criant déficit d’incarnation et d’immersion.
Guillaume GasEnvoyer un message au rédacteur


