L'AFFAIRE ABDALLAH

Un film de Pierre Carles

Un impressionnant travail autour d’un cas unique

Synopsis du film

1982, lors de la Guerre au Liban, 40 000 palestiniens se retrouvent déplacés, et de nombreux sont victimes de bombes thermiques. En représailles, dans les années qui suivent, des meurtres ont lieu en Europe, important le conflit en Occident, avec l’assassinat à bout portant d’un américain et du numéro deux de l’Ambassade d’Israël. Ceux-ci sont revendiqués par un mouvement alors inconnu, les Fractions armées révolutionnaires libanaises, différents de l’OLP. Georges Ibrahim Abdallah, militant palestinen, qui séjournait alors en Suisse, a la mauvaise idée de venir à Lyon avec des faux papiers algériens. Il est alors arrêté, jugé en 1986 pour association de malfaiteurs, port d’armes et usage de faux papiers. Écopant de 4 ans de prison et libérable au bout de deux, il restera incarcéré près de 41 ans…

Critique du film L'AFFAIRE ABDALLAH

Pierre Carles, habitué des documentaires historiques et judiciaires, forcément souvent teintés de politique ("Pas vu pas pris", "Enfin pris ?", "La Sociologie est un sport de combat", "Attention danger travail", "Fin de concession"…) nous revient avec un documentaire hautement documenté, tentant de retracer les événements et parcours autour de Georges Ibrahim Abdallah, libanais d’origine palestinienne, incarcéré pendant 41 ans en France (il est sorti en 2025) pouvant expliquer sa permanence en prison, alors qu’il aurait dû en sortir en 1988. Hautement accusateur vis à vis de la prétendue séparation des pouvoirs politique et judiciaire, son film met aussi en avant l’absence de réel contre pouvoir médiatique, pointant les failles des enquêtes journalistiques, avec l’aide de certains d’entre eux se repentant de leurs écrits et actions de l’époque.

Car c’est dans les rouages d’un emballement médiatique, ayant mené à une véritable erreur judiciaire, ceci avec l’aide d’un pouvoir chaque fois compatissant avec les intérêts de puissances étrangères (les États Unis en tête, que quelques documents accablent dans leurs ingérences…), que nous plonge le cinéaste. Ulcérant par la démonstration qu’il apporte, à grands renforts d’archives télés, d’extraits de correspondances et de témoignages, ce documentaire, adossé à un impressionnant travail de recherches, choisit cependant d’introduire cet homme par une simple visite en prison, montrant celui-ci souriant, posé, mais toujours engagé, et ayant survécu grâce à la persistance d’un rapport avec son environnement et de contacts avec son entourage. Démontant, avec visiblement peu de moyens, l’accusation sans aucune preuve d’être à la tête des FARL qui a revendiqué les deux attentats initiaux, en donnant entre autres la parole à ceux qui rappellent que les victimes étaient tout sauf « des personnes innocentes », pointant du doigt l’incohérence de témoins pour lesquels « tous les barbus proche-orientaux se ressemblent », et parvenant à trouver les personnes ayant été bloquantes dans sa libération, PIerre Carles réussit un documentaire qui tient en haleine et qui rappelle que dans le conflit israélo-palestinien les prisonniers politiques sont encore fort nombreux et que tous ne sont probable pas des terroristes.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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