KETTICÈ
Une jeunesse scrutée avec acuité, autour de l'absence de perspective
Synopsis du film
Gulio, 17 ans, comme d’autres camarades de classe, ne met pas vraiment d’ardeur à étudier. Plaqué par sa copine Elena, il flirte avec Béa. Eloigné de celui qui fut son meilleur ami, il passe de groupe en groupe et se rapproche de Ketty, fille d’un autre milieu, qui l’incite à faire sauter les cours et l’emmène dans des quartiers malfamés fumer des joints…
Critique du film KETTICÈ
Pour son premier long métrage, Giovanni Tortorici nous ramène en 2012, pour un récit centré sur des adolescents et leurs difficultés face à un parcours étudiant sans perspective, un réseau amical instable et des tentations amoureuses sans vraie connexion. Une perspective universelle qui est sans doute encore valable aujourd’hui, l’auteur s’étant inspiré en partie de son propre vécu. Un peu perdu face aux comportements des filles, Giulio fait comme les autres : il tente de paraître assuré, laissant sa tristesse de côté pour avancer, passer d’un groupe d’amis à un autre, sortir, au grand désespoir de sa mère (Monica Bellucci, excellente). Impassible face à ses notes minables ou les échecs répétés de son équipe de foot, il se laisse aller aux deux options réductrices qui semblent faire sens pour avoir un peu d’argent et s’acheter des joints : dealer ou parier.
Ne manquant pas d’humour, "Ketticè" dissèque autant, grâce à un casting de jeunes gens remarquables (Salvatore Gallina et Rachele Testagrossa au premier rang, tous deux formidables), une jeunesse en quête de connexions et de sens, que le comportement d’adultes parfois particulièrement violents dans leurs paroles souvent cyniques (le professeur désabusé, la mère qui se sent déconnectée, la grand mère - un personnage odieux qu’on aurait aimé revoir au fil du récit…). Giovanni Tortorici convoque également une image de Palerme, loin des photos touristiques, insistant sur le contraste entre les intérieurs riches de l’appartement de la famille de Giulio et les banlieues aux barres de HLM près desquelles Ketty l’emmène lors de leurs virées. Utilisant de manière récurrente (mais quelque peu excessive) des ralentis, il parvient à retranscrire la fascination ou la perturbation de son personnage face aux femmes, rendant même le dépôt nonchalant d’un chewing-gum gum sur le côté, érotique. Comédie dramatique dans laquelle joints et mensonges ont une bonne place pour échapper à une morne réalité, "Ketticè" (de « Qu'est-ce que ça te dit ? » en argot sicilien, jeu de mot également avec le prénom Ketty) est un film plutôt séduisant.
Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur
