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LA JOURNEE DE LA JUPE

Entre absurdités et drame social

Une professeur de français d'un lycée en ZEP éprouve des difficultés à discipliner sa classe. Un jour, elle trouve, en plein cours, un révolver dans le sac d'un de ses élèves. A bout, elle prend sa classe en otage. Entre-temps, le RAID prépare son intervention, pensant que l'enseignante fait partie des otages…

"La Journée de la jupe" marque le retour de l'emblématique Isabelle Adjani sur grand écran. Ce film, qui a bénéficié d'une avant-première télévisuelle sur Arte, pourrait à première vue rappeler "Entre les Murs" de Laurent Cantet, mais dès le première quart d'heure, la différence saute aux yeux: on est ici dans un registre différent. Ou plutôt dans un mélange de registres. Car comme la bande annonce le laissait pressentir, le film navigue (tangue?) entre une pesante tension dramatique très efficace sur de nombreuses séquences, et des répliques typiques de comédies françaises. Et même si elles font le plus souvent mouche, ce n'est pas le genre d'humour auquel on s'attend après une scène digne d'un drame social.

Ce changement intempestif de registres, plutôt déstabilisant, aurait pu être détonnant si les performances des acteurs n'avaient pas été si excessives. On remarque bien que les comédiens sont eux aussi perdus; à commencer par Adjani dont les pétages de plombs paraissent quelques peu sur-joués, et Denis Podalydès qui ne sait comment jongler entre la fragilité et l'assurance de son personnage. Les élèves ont quant à eux des comportements qui frôlent l'absurde dans une telle situation. Passons sur les stéréotypes des voyous et des profs que l'on peut reprocher à ce long métrage (après tout, il existe aussi des personnes plus caricaturales que des caricatures dans la vraie vie), mais au final les personnages se retrouvent toujours coincés entre le sérieux et le second degré.

C'est bien dommage, car derrière ce prétexte de jupe, Lilienfield parvient à émettre une réflexion intéressante sur le paradoxe entre le comportement de ces jeunes et leurs perpétuelles références à l'islam. Il met en lumière un décalage de valeurs entre professeurs et élèves et évite surtout de désigner une victime ou un coupable. Au final, on ressort de "La Journée de la jupe" mitigé, justement à cause d'absurdités insérées dans ce drame comique. Ce qui est regrettable puisque Lilienfield est bon dans ces deux registres. Mais le mélange ne prend pas et dessert finalement la crédibilité du long métrage.

Alexandre RomanazziEnvoyer un message au rédacteur

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