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JE SUIS UN NO MAN’S LAND

Un film de Thierry Jousse

Original, émouvant et sincère

Philippe, chanteur, est en tournée dans la région où il a grandi. À la fin du concert, il se fait alpaguer par une groupie totalement allumée qui use de tous les stratagèmes pour l’attirer chez elle. Se sentant piégé, celui-ci s’enfuit dans la forêt où il erre toute la nuit. Au petit matin, il aperçoit enfin une ferme, celle de ses parents, qu’il n’a pas vus depuis cinq ans...

Musicien extraverti au costume aluminium, le personnage principal semble, au premier abord, incarner l’image publique de Philippe Katerine lui même. Ce doux-dingue un peu guindé, au look savamment négligé, soucieux d’être en perpétuel décalage avec les convenances artistiques de son époque.. Or les apparences sont souvent trompeuses et notre héros n’est autre qu’un homme, un vrai… pas un tatoué, mais un humain éprouvant des sentiments comme tout un chacun.

Le début du film, plutôt cocasse, piège notre Philippe dans une bien étrange malédiction. Voulant échapper aux griffes d’une fan fatale, le voici bloqué dans le village de son enfance où le temps paraît figé. Affublé de ses vêtement d’adolescent, il part faire les commissions, s’arrête au café du coin pour jouer au baby-foot, et lorsqu’il tente de rejoindre ses musiciens, l’Ami 8 Citroën de son père le ramène inextricablement sur la place du village, à la manière d’un ballon blanc dans “le Prisonnier”.

Ce contexte extravagant une fois établi, devient alors le décor d’une ?uvre sensible et touchante. Philippe, sans effusion, ni agacement, ré-intègre la vie de ses parents. Il les découvre tendres et pudiques, juste heureux de le retrouver. Quand lui s’excuse à demi mot de ne jamais venir les voir, sa mère le déculpabilise: « je n’ai pas besoin de toi mon petit Philippe, je suis bien avec ton père ». Nous voilà alors portés par une élégante introspection soulignée de scènes toutes simples qui sonnent admirablement juste. Que d’émotions sont ainsi joliment évoquées alors que la mère coupe les cheveux de son fils… puis plus tard, quand celui-ci se réfugie dans une meule de foin pour pleurer. Des instants volés qui révèlent une sincère réflexion sur les sentiments humains.

Bien écrit, le film offre de très beaux rôles à ses interprètes. Philippe Katerine, vous surprendra par son naturel totalement dénué d’excentricités. Julie Depardieu ancre intelligemment son personnage dans la réalité alors que celui-ci est des plus énigmatiques. Judith Chemla (la timide shampouineuse de “De vrais mensonges”) promet une belle carrière en campant ici une groupie totalement déjantée. Enfin Jackie Berroyer et Aurore Clément sont tout simplement magnifiques dans les rôles des parents. Leurs jeux subtils et sensibles se conjuguent à merveille et dégagent une puissante émotion.

“Je suis un no man’s land” est de ces films qui commence timidement pour petit à petit prendre une belle envergure. Entrecoupé de-ci de-là par quelques scènes purement oniriques, le récit se joue des codes tout en respectant une trame profondément humaine. Le mélange des genres, souvent périlleux, est ici savamment dosé, révélant ainsi une bien jolie figure de style !

Gaëlle BouchéEnvoyer un message au rédacteur

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