JARIPEO

Un documentaire passionnant et plutôt culotté

Synopsis du film

Dans le rodéo au Mexique, la tradition relève du costume, du chapeau, de la posture et globalement de l’image masculine. Chaque Noël, à Penjamillo, dans le Michoacán, le « jaripeo » attire des hommes de tous le pays et même certains ayant émigré. Mais au milieu de ces hommes aux comportements codifiés, il y a tout de même des homosexuels, certes sensibles à l’image du cowboy sexy, mais qui questionnent la proximité virile de ces pratiques et de leurs spectateurs…

Critique du film JARIPEO

Présenté dans la section Panorama Dokumente du Festival de Berlin et passé par Sundance, "Jaripeo" est un film mexicain qui se passe dans le milieu des rodéos, interrogeant, au delà du protagoniste (également co-réalisateur), d’autres hommes queer, qu’ils se fondent dans la masse des « cowboys sexy », ou qu’ils soient acceptés en travestis. Surprenant, le film commence par questionner la tradition dans la tradition : les coudes à coudes, les pantalons moulants, la promiscuité entre rodéo et danse… Car le personnage l’explique dès le début, non seulement la performance attire, mais aussi la fête et les cuites qui vont avec. Si certains admettent qu’ils ne peuvent parler de leur orientation sexuelle à leurs amis ou indiquent « seulement la nuit je suis gay », c’est finalement leur solitude qui semble les protéger et en même temps leur peser.

Visuellement le film est assez remarquable, représentant les rencontres clandestines dans le maïs par des contre-jours dans la lumière de phares intermittents, donnant à voir les aspects queer de la fête (body rose à brillants, boule à facette…), et usant de passages fantasmagoriques (un montage à base de silhouettes, fumée, taureau mécanique et lumières rouges et bleues), tout en utilisant même ponctuellement un vocabulaire de duel façon western. Faisant peu à peu sentir la discrimination qui persiste vis à vis des personnes efféminées, l’image du macho viril et tombeur dominant, l'homosexualité semble ici proche d'être acceptée (on voit deux hommes s’embrasser dans une grande fête, sans que personne ne réagisse). Au final, "Jaripeo", à l’image de ce reflet flou du protagoniste qui clôt le film, permet de mesurer les pas restant à faire vers une acceptation plus large de l’homosexualité au Mexique, en dehors des dangers liés au mot en « g » ou des codes figés du macho poilu.

Olivier BachelardEnvoyer un message au rédacteur

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